KOÏ

Le pécheur de carpes

Copyright Philippe RECLUS

Très libre ré écriture d’un conte chinois.

La mère naturelle de notre jeune pécheur était décédée jeune, et son père s’était remarié avec une femme qui devint sa belle-mère.

La belle-mère était une marâtre dure et difficile et n’aimait pas le jeune homme, c’est pourquoi elle avait l’habitude de le rudoyer sans cesse même devant son père.

 A force de le faire, le père commençait lui aussi à ne plus aimer son fils et à le trouver incapable de tout.

Envers et contre tous, le fils restait gentil et prévenant vis-à-vis de ses parents.

Un hiver, le temps était très mauvais, il neigea sans interruption pendant des jours.

L’étang dans lequel le jeune homme avait l’habitude de pécher, car c’était ainsi qu’il nourrissait la famille, saison après saison, s’était gelé. Une épaisse couche de glace le recouvrait.

 Tous les habitants du village et des alentours restaient confinés bien au chaud chez eux, à cause du froid, et même les animaux ne sortaient plus des étables. Le risque pour tous était de périr gelés. Un vent glacial venant du nord balayait tout et était d’une rare violence.

Un jour, la belle-mère décida qu’elle voulait manger de la carpe fraîche au souper, car elle en avait assez des pommes de terre et des navets de la cave, et intima l’ordre au jeune homme de se débrouiller mais elle voulait manger de la carpe fraîche.

 Il pensa :

 – Comment puis-je pêcher des carpes alors que le blizzard souffle si fort et que l’étang est gelé ? 

Mais, il était un fils prévenant et attentionné.

Alors, il sortit dans l’enfer blanc et chercha une solution.

Le jeune homme chercha longtemps, mais comment pouvait-il faire ?

Enfin, il se rendit près de l’étang.

 Le sol était dur et froid et le vent hurlait.

 Il faisait si froid que tout son corps tremblait et se rigidifiait en même temps. Ses pieds lui faisaient mal ainsi que ses mains.

 Il resta assis sur la surface de l’étang gelé et pensa :

– Je ne peux rentrer à la maison les mains vides alors que ma belle-mère veut du poisson. Que pouvait-il faire ?

Il réfléchit dans tous les coins et recoins de son cerveau, mais il ne parvint pas à trouver la moindre solution.

 Alors, de désespoir et de douleurs, il se mit à pleurer toutes les larmes de son corps qui se mirent à couler sur ses joues et tombaient sur la glace.

Plus il pleurait, plus les larmes coulaient, si bien qu’à la fin, un trou se forma sur la surface glacée de l’étang.

Soudain, deux carpes jaillirent du trou et tombèrent sur la glace à ses pieds.

Elles avaient sauté à travers le trou croyant trouver un passage libre qui les libèreraient de leur prison de glace où elles étaient coincées depuis trop longtemps.

Débordant de joie, notre pécheur les ramassa hâtivement et couru les rapporter à sa belle-mère qui ne comprit jamais comment il avait fait.

Le Maître et l’élève inattendue

Copyright Philippe RECLUS

Il y a fort longtemps, un maître des arts martiaux conduisit son épouse, sur une île au milieu d’un fleuve, pour lui dévoiler les mystères des arts martiaux internes, la forme lente des arts martiaux.

Mais son épouse s’ennuyant devant cette forme extrêmement lente, finit par s’endormir.

Une carpe Koï, nageant par-là, s’arrêta pour écouter avec grande concentration l’enseignement. Elle se passionna pour cet art étrange et avait envie d’en savoir beaucoup plus.

Le maître réalisa qu’il avait été entendu avec attention et concentration.

Il aspergea d’eau la carpe Koï qui se métamorphosa en poisson divin et devint un grand maître.

L’étang, les deux pêcheurs et les trois carpes

Copyright 2020 Philippe RECLUS

Libre interprétation de l’histoire des trois poissons du Pañchatantra de Vichnou-Sama il y a environ 2300 ans.

On raconte qu’un étang renfermait trois carpes : l’une était sage, la seconde intelligente, la troisième était réputée bête comme un roseau, si tentait qu’il le soit.
Cet étang se trouvait dans un lieu reculé, et rares étaient les gens qui y venaient. Aussi, les carpes y vivaient tranquillement, sereinement, en étant peu dérangées.
Leur seul ennemi était la grue qui souvent venait se nourrir. Il était facile de lui échapper en s’enfouissant dans la vase, le tout était de la repérer à temps, mais la carpe sage était toujours aux aguets, ne tenant pas du tout à finir au fond d’un estomac, et donc donnait l’alarme à ses deux consœurs. Dès qu’elle faisait signe toutes les carpes s’éloignaient de la surface, fonçaient au fond de l’étang et s’enfouissaient dans la vase. La carpe sage, seule, laissait dépassait un de ses yeux pour guetter le départ de l’intrus.
Il y eut bien une fois, où ce fut limite dangereux. Ce jour-là, la carpe sage faisait une sieste, se laissant flotter à la surface de l’eau, nonchalante, profitant des rayons du soleil, seul l’ombre de la grue passant au-dessus de la carpe l’alerta. Ce fut le branle-bas de combat général, mais tout le monde fut rapide et sauf.
 L’étang était relié à un ruisseau proche par un canal d’évacuation pour ôter le trop-plein d’eau, lors des grosses pluies et éviter ainsi une éventuelle inondation des environs.
Un jour, deux pêcheurs suivaient le cours du ruisseau à la recherche d’un nouveau coin de pêche et découvrirent l’étang. Ils convinrent d’y revenir ensemble, munis de leurs filets, afin de pêcher les poissons. L’étang étant peu connu, il devait y avoir plein de poissons là-dedans.
Les trois carpes entendirent leurs propos.
La plus sage se méfia et prit peur. Les deux autres se moquèrent d’elle et lui dirent de rester, mais rien n’y fit sa décision était prise. Alors, sans perdre de temps, elle s’engagea dans le petit canal et remonta jusqu’au ruisseau, pour s’enfuir loin de l’étang et décida qu’elle y reviendrait un peu plus tard.
Cependant, la carpe intelligente était restée sur place en se disant qu’elle était plus maligne que les pêcheurs car tout le monde le sait, les pêcheurs sont peu malins.
Quelques jours plus tard, Les deux pêcheurs revinrent avec leur filet, à leur vue la carpe intelligente comprit leur dessein et sut que la carpe sage avait eu raison.  Elle voulut s’éloigner et gagna le débouché du petit canal pour se sauver vers le ruisseau, comme l’avait fait la carpe sage. Mais les pêcheurs avaient déjà bouché cette issue.
Dépitée, elle se dit :
– finalement, ils sont plus malins que je ne le pensais, j’ai trop tardé et voici la sanction de ma décision. Par quelle ruse vais-je me sortir de ce mauvais pas ? Mais si l’on recourt à la ruse avec précipitation, la ruse échoue. Se dit-elle. Ces pêcheurs ne sont pas bêtes du tout. Il faut que je me donne le temps de la réflexion, que je ne désespère pas de trouver une bonne idée, ne prend pas ton sort au tragique, et reste lucide, et prête à l’effort, puisque je n’ai pas eu l’intelligence d’écouter la carpe sage.
Alors la carpe intelligente fit la morte. Se tenant près de la surface de l’eau, elle se laissa flotter, le ventre en l’air, dans la position du poisson mort. Les pêcheurs la prirent à l’épuisette et la jetèrent sur le sol, entre l’étang et le canal d’évacuation. Et d’un seul coup, elle fit un grand bond, atteignit le ruisseau, et se sauva. Au grand dam des pêcheurs comprenant qu’ils s’étaient faits bernés.
Quant à la troisième carpe, elle tenta de se sauver par des allées et venues dans tous les sens, mais à force de nager dans tous les sens, fonçant comme une folle paniquée, elle finit par se prendre dans les filets des pêcheurs. Elle lutta de toutes ses forces, de toute son énergie et avec courage contre le filet, mais rien n’y fit, prise et prisonnière elle était, et péri ainsi.

La piscicultrice et la carpe Koï

Copyright Philippe RECLUS

 (Adaptation libre d’un vieux conte connu dans le monde entier dont l’origine serait peut-être un conte des frères Grimm vers 1812 intitulé « le pêcheur et sa femme » qu’eux-mêmes ont extraits des contes circulant à l’époque)

Une piscicultrice et son petit fonctionnaire de mari, vivent chichement au bord de leurs bassins d’élevage de carpes. Un jour, la piscicultrice, alors qu’elle prélevait des poissons, pour aller les vendre au marché de la ville toute proche, ramène dans son épuisette, une petite carpe Koï, qui n’avait rien à faire là, car c’était un élevage de carpes communes.

La petite carpe Koï s’adresse à elle d’une voix humaine et la prie de la rejeter dans un lac tout proche, lui promettant en échange d’exaucer tous ses souhaits.

« Que fais-tu dans mon élevage ? » Lui demanda la piscicultrice.

« C’est une grue qui m’a attrapé dans le lac avec son grand bec. Je me suis débattu, elle m’a lâché et je suis tombée là, maintenant il me faut retourner à mon lac. Ma famille doit être très inquiète. »

 La piscicultrice acquiesce, la transporte jusqu’au lac et la libère sans rien exiger, malgré la promesse de la petite carpe Koï.

Rentrée chez elle, elle raconte l’histoire à son petit fonctionnaire de mari, qui la traite d’imbécile et lui dit d’aller demander à la petite carpe Koï un nouveau téléviseur, en remplacement du leur, qui est en panne.

La piscicultrice s’exécute et, retourne au bord du lac, appelle respectueusement la petite carpe Koï, qui apparaît et lui demande ce qu’elle veut. Mis au courant de la demande de son mari, la petite carpe Koï assure à la piscicultrice qu’ils auront un téléviseur neuf : c’est ce qui se produisit !

Mais à nouveau le petit mari critique violemment sa femme et la renvoie vers la petite carpe Koï, pour réclamer cette fois une maison neuve. La piscicultrice s’exécute. La petite Koï, surgi du lac à l’apparence déjà moins tranquille et exauce le vœu.

 Rentrant chez elle, la piscicultrice découvre une belle maison neuve à la place de l’ancienne toute abimée et vétuste.

 Mais le petit mari, toujours insatisfait, réclame désormais d’être nommé ministre.

La piscicultrice repart voir la Koï, pour faire sa demande. La petite Koï, surgi du lac à l’apparence vraiment obscure et menaçante et exauce le vœu.

 La petite carpe Koï leur accorde un grand ministère avec un hôtel particulier de fonction où règne le petit mari, entouré de beaucoup d’employés, et traitant sa femme comme une moins que rien.

Le petit mari, réclame de plus ne plus de choses, et à chaque fois son épouse, la piscicultrice, de plus en plus embarrassée, repart à la rencontre de la petite Koï et à chaque fois, le lac se fait de plus en plus agité, puis sombre et menaçant.

Le petit mari obtient ensuite d’être président de la république dans un palais, mais cela ne lui suffit toujours pas.

Il veut désormais être maitre de l’univers, et que la petite Koï, elle-même soit à ses ordres.

Devant un lac déchaîné, tel un océan en furie, la piscicultrice, malheureuse, énonce ces demandes énormes, mais cette fois, la petite Koï, sans dire un mot, d’un battement de queue disparaît dans les ondes.

Voyant qu’elle n’obtient pas de réponse, la piscicultrice finit par rentrer chez elle : à la place du palais présidentiel, des employés et du président, elle retrouve leur vieille maison, son petit fonctionnaire de mari assit sur le seuil, et devant lui, le vieux poste de télévision cassé.

Philippe RECLUS

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