TANCHO

Copyright Philippe RECLUS 2021

Tancho la grue et la fourmi

Très libre ré écriture d’un conte chinois

On raconte au royaume des animaux, qu’il y a très longtemps, dans une région très au nord, qu’une minuscule fourmi alla boire au bord de la rivière. En se penchant pour atteindre l’eau, elle glissa de la berge et tomba accidentellement dans la rivière.

Elle fit tout ce qu’elle pouvait pour nager en direction de la berge. Et après, avoir bataillé pendant de longues heures, toutes ses forces furent épuisées. Elle était tellement affaiblie qu’elle ne se laissait plus que flotter pour essayer de se maintenir hors de l’eau et tentant d’économiser ses dernières forces. Ce dernier effort était désespéré et elle avait renoncé à tout espoir. Elle attendait que la mort vienne doucement la saisir.

A cet instant, Tancho la grue volait en direction de la rivière à la recherche de quelque nourriture. Tancho vit ce qui arrivait à la petite fourmi. Tancho se décida à sauver la fourmi et Il attrapa une grande feuille qu’il laissa tomber à côté de la fourmi. La minuscule fourmi réussit à grimper sur la feuille. Tancho attrapa la feuille avec son bec et la déposa sur la rive.

La fourmi descendit de la feuille, reprit son souffle, remercia Tancho et lui promit de lui sauver la vie un jour.

Tancho éclata de rire et lui dit :

  • Je n’ai pas fait cela pour que tu aies une dette envers-moi et d’ailleurs tu es si minuscule, que pourrais-tu faire pour moi ?

La fourmi et Tancho se quittèrent bons amis.

Un été et un automne, s’étaient écoulés et Tancho venait voir de temps en temps son amie la fourmi.

Un jour, la fourmi était sur l’herbe en quête de quelques nourritures lorsqu’elle entendit des pas.

La fourmi vit alors un chasseur qui s’avançait prudemment un arc entre les mains, il était en train de viser Tancho et il s’apprêtait à le tuer sûrement pour nourrir sa famille.

La petite fourmi grimpa aussi vite qu’elle le put le long de ses chaussures et se faufila à l’intérieur du pantalon du chasseur. Au moment où le chasseur lâchait sa flèche, la petite fourmi le mordit de toutes ses forces au mollet.  La morsure fit sursauter et hurler le chasseur, et la flèche partit dans le sol.

Le hurlement du chasseur surprit Tancho qui s’envola prestement.

Copyright Philippe RECLUS 2021

Tancho et la reine des roses

Libre ré écriture d’un conte d’origine indienne.

Il y a très longtemps, une rose vivait dans un jardin immense, mais elle vivait dans la partie du jardin où la végétation était inexistante.

Elle se sentait si seule qu’elle laissait sa fleur en bouton et n’osait jamais éclore.

Un jour, Tancho la grue vint se poser à côté d’elle et lui dit :

– Dis la rose, pourquoi n’ouvres-tu pas tes pétales comme les roses qui poussent de l’autre côté du jardin ?

– Je ne sais pas, je me sens inutile ici, et personne ne vient jamais me voir. Je me sens si triste, loin de mes sœurs qui en plus m’ignorent.

– Je peux te comprendre, dit Tancho, moi j’ai la chance de pouvoir voler et aller où je veux. Si tu le désires, je peux aller leur parler. Je dirai tes paroles à tes sœurs, et je viendrai te donner leurs réponses. Est-ce que cela pourrait t’aider à t’épanouir et à être heureuse ?

 – Oh ! Ce serait merveilleux, s’exclama la rose, je crois que j’ai en toi, un véritable ami. Envole-toi, et dis à mes sœurs que je leur envoie tout mon amour, et que j’aimerais tout savoir de leur vie et partager leurs joies et leurs peines.

Tancho s’envola et alla trouver les roses qui poussaient à l’autre bout du jardin.

– je viens vous voir, dit-il, de la part de votre sœur, la rose qui pousse là-bas dans le coin où il n’y a rien, elle se sent très isolée, triste et inutile.

– Inutile ! S’exclamèrent les roses. Cette rose est pour nous un exemple, nous l’avons toujours considérée comme exceptionnelle. Dis-lui de notre part que, depuis sa naissance, nous la reconnaissons comme la reine de toutes les roses de ce jardin, et que nous la respectons.

A ces mots, Tancho s’envola à tire d’ailes pour retrouver la rose esseulée.

– Ne sois plus jamais triste, dit-il à son amie. Sais-tu que pour tes sœurs, tu es unique ? C’est exceptionnel que tu aies pu pousser ici. Tu enchantes ces lieux déserts, et tu es un exemple pour elles.

– Je suis un exemple ?

– Oui ! tu es un exemple de sagesse et de force.

-Merci ! je me sens beaucoup mieux à présent, continua la rose. Excuse-moi auprès de mes sœurs, je vivais dans le sentiment d’injustice et de solitude. Merci mon ami.

Puis, la rose s’épanouit au soleil, et offrit ses pétales multicolores. Ils étaient aussi lumineux et intenses que les plumes de son ami Tancho… si étincelants que ses sœurs purent la voir de loin et capter son message d’amour.

Copyright Philippe RECLUS 2021

Comment les grues sont venues au monde

Libre ré écriture d’un conte tibétain.

Deux frères vivaient ensemble et seuls, complétement seuls sans parents, ils n’avaient personne au monde.

Ils s’aidaient mutuellement, et vivaient dans l’affection l’un de l’autre et dans une entente très fraternelle.

Ils mangeaient et vivaient du produit de leur pêche. Chaque matin, ils prenaient leurs filets et allaient sur le lac.

Quand ils arrivaient à prendre un gros poisson, ils ne le vendaient pas aux habitants du village qui se trouvait non loin de là, mais le ramenaient chez eux, le faisaient cuire et le mangeaient.

L’ainé qui protégeait son frère, mettait toujours dans l’assiette de son frère le corps entier du poisson, ne gardant que la tête pour lui.

Le jeune frère, constatant que la chose avait lieu systématiquement, hocha un jour, la tête en se demandant pourquoi il n’avait pas droit à la tête.

  • Serait-ce le meilleur ? Se demanda-t-il un jour.

Et ainsi, naissait dans son cœur, un sentiment de haine pour son ainé.

Et, un jour alors qu’ils étaient à la pêche dans leur barque, le plus jeune, profitant que son frère avait le dos tourné, le poussa par-dessus bord ! Son frère qui ne savait pas nager se noya sous ses yeux.

  • Et maintenant, à moi les succulentes têtes de poisson, à moi tout seul ! S’écria-t-il.

Ce jour-là, il pêcha un très beau poisson. Rentrant à la maison, il se le prépara, le mit à frire et mit la tête tant convoitée dans son assiette et commença à la manger. Mais sur cette tête il n’y avait rien à manger et même les joues du poisson n’étaient pas vraiment bonnes !

C’est ainsi que le jeune frère compris les sacrifices de son frère qui ne lui réservait que le meilleur.

Il pleura et hurla de douleur et couru vers le lac. Il chercha son frère partout, il l‘appela longtemps, mais rien n’y fit seul le clapotis du lac lui répondait.

Alors, il décida de plonger dans le lac pour aller chercher son frère. Il plongea, il re plongea tout le jour mais rien n’y fit. D’épuisement, il finit par se noyer à son tour.

On raconte que son âme s’est changée en l’esprit d’un oiseau, que l’on nomme aujourd’hui grue, et qu’il reste désespérément au bord de l’eau à guetter un signe de son frère.

Copyright Philippe RECLUS

Pourquoi les poules pondent-elles des œufs ?

Libre ré écriture d’un conte d’origine inconnue.

Une grue atterrit un jour dans un poulailler. Elle resta longtemps dans la basse-cour à picorer et à observer la vie du poulailler. Peu à peu, elle se fit amie avec une poule

La grue demanda à la poule :

– Poule, tu as des ailes, pourquoi ne peux-tu pas prendre ton envol comme je le fais ?

– Parce que je n’en suis pas capable, répondit la poule.

La grue questionna à nouveau la poule :

– Pourquoi parler ainsi ? Tu as des pattes et des ailes comme les miennes, donc tu pourrais t’envoler par-dessus la clôture et vivre libre !

Lorsque la poule l’entendit, vexée, elle se fâcha et ne voulut plus écouter les paroles de la grue.

– Va-t’en, dit-elle, coucher dans ton marécage, et laisse-moi dormir dans ma maison. Je n’apprécie pas les questions que tu me poses.

– Puisque tu ne veux pas entendre mes paroles, continua la grue, demain les humains te prendront, te tueront et mangeront ta chair. Tu n’as pas d’intelligence ! Alors que je viens t’apprendre la sagesse, tu me repousses ! Bientôt, lorsque tu verras les humains venir pour te tuer et te manger, peut-être alors m’écouteras-tu !

 La poule répondit : 

-Va-t’en, je n’ai que faire de toi et de tes questions stupides !

-Très bien, dit la grue en s’envolant vers son marécage.

Dès l’aurore, un homme vint, saisit un bâton et entra dans l’enclos pour tuer la poule. À sa vue, celle-ci prit peur et traversa la basse-cour en courant, et en s’écriant :

– Ce dont la grue m’avait prévenu hier est arrivé, alors que j’ai refusé de l’écouter !

La grue, qui passait par-là se percha sur un arbre non loin de la basse-cour et cria à la poule :

– Entre dans un des fourrés qui est là-bas ! Si l’humain te voit, il te tuera ! Quand tu seras au milieu de la verdure, ne bouge pas, reste tranquille.

La poule l’écouta et s’enfuit dans un fourré. L’homme chercha partout après elle, sans succès. Fatigué, il rentra chez lui.

En le voyant partir, la poule sortit du fourré pour rejoindre la grue qui venait de se poser dans la basse-cour. Et, la grue donna de nouveaux conseils à la poule :

-Si demain, il revient pour te tuer, ponds un œuf. Quand il le verra, il pensera : la poule pond des œufs, je ne la tuerai pas. Il prendra l’œuf, le mangera et sera content. Chaque matin, il viendra chercher à l’endroit où tu pondras un œuf. Voilà le conseil que je te donne, ne l’oublie pas.

-Je te remercie, la grue, répondit la poule, je ferai ce que tu m’as recommandé, aujourd’hui, demain, jusqu’à ma mort. Je te remercie beaucoup.

La grue ajouta :

 -Si tu écoutes mes paroles, les humains n’auront plus envie de te tuer.

La poule répondit :

-Je t’écouterais cette fois, promis ! Comment t’appelles-tu ?

-Tancho, dit la grue

Puis, elle s’en alla et ne revint plus jamais.

Copyright Philippe RECLUS 2021

D’où vient la couleur des oiseaux ?

Libre réécriture d’une légende amérindienne par Philippe RECLUS

Au commencement, le Créateur, créa la Terre pour les hommes, et pour eux, la Terre devint le jardin du Créateur. Depuis ce jour, la Terre donne des plantes qui nourrissent et des plantes qui soignent.
Le Créateur avait créé tout ce dont les hommes avaient besoin pour vivre sur Terre. Il avait tout créé ou presque, car pour les hommes le Créateur n’était pas parfait, sinon il aurait créé tous les hommes parfaits, ce qui n’était pas le cas.
Tous les hommes vivaient heureux dans ce jardin jusqu’au moment où un ours blanc décida de mettre son gros manteau blanc sur le pays et souffla son haleine froide pour créer l’hiver, car il avait toujours trop chaud. Le Créateur n’avait rien vu car il était occupé ailleurs. Quand, on crée des mondes un peu partout dans l’univers, on ne peut pas toujours tout voir, et quand des choses sont créées, il faut faire avec. Quand quelque chose a été créé, c’est presque impossible de le supprimer. En tout cas le Créateur, ne voulait pas le faire, car cela s’appelle une destruction et cela il ne voulait jamais le faire. Il était le Créateur pas le destructeur !
A cette époque, les hommes vivaient dans des huttes et les enfants sont vite devenus bien tristes. Ils n’avaient plus rien pour s’amuser, sauf les cendres du feu qui paraissaient à peine tièdes tellement le froid était intense.
Durant l’été, ils avaient joué avec les feuilles des arbres. Ils en avaient fait des colliers, des couronnes et des bracelets, et ils avaient aussi joué dans le ruisseau. Mais avec la neige qui avait tout recouvert de blanc et de glace, tous leurs amusements avaient disparu et ils étaient devenus bien tristes. Tellement tristes qu’une grand-mère le remarqua et décida d’aller voir le Créateur. Elle gravit la plus haute montagne pour le rencontrer et l’interpella :
“Tu as créé, de bien belles choses pour les hommes. Tu as tout donné pour qu’ils puissent bien vivre. Mais tu as oublié les enfants, l’hiver ils s’ennuient. Ils n’ont rien pour se réjouir”.
Le Créateur réfléchit un instant et approuva la grand-mère. Il promit d’arranger les choses. Aussitôt que le printemps revint, il se mit à réfléchir à ce qu’il pourrait bien créer pour rendre l’hiver plus agréable aux enfants. C’est alors qu’il se rappela avoir vu les enfants jouer avec les feuilles des arbres. Il décida donc de créer les oiseaux. Mais dans sa hâte de faire plaisir aux enfants pour l’hiver prochain, il créa les oiseaux tout blanc, de la même couleur que l’hiver, que la neige et que la glace ; car quand on a l’univers à gérer, on n’a pas toujours le temps de faire des choses parfaites.
Les enfants furent très heureux de cette création. Les enfants ont passé le printemps, l’été et même l’automne à s’amuser avec leurs nouveaux amis les oiseaux.
Lorsqu’un ours blanc jeta de nouveau son gros manteau blanc sur le dos de la Terre, car une fois de plus il avait trop chaud, les enfants se rendirent compte que les oiseaux étaient de la même couleur que la neige et qu’ils pouvaient à peine les voir. Même les oiseaux étaient bien embêtés pour se reconnaître entre eux. Ils étaient tous de la même couleur. Tous les enfants retournèrent dans leur hutte avec encore beaucoup de tristesse, car ils ne trouvaient plus les oiseaux.
La grand-mère vit encore la tristesse des enfants. Elle retourna voir le Créateur et lui dit : “ Je crois que tu as créé les oiseaux un peu trop vite. Tu as donné aux adultes une nature toute colorée à ton image, mais tu as oublié que les petits enfants méritaient aussi ces mêmes couleurs pour leurs oiseaux”.
Le Créateur réfléchit et finit par dire à la grand-mère : “Tu as bien raison. Je vais réparer mon erreur. Appelle tous les oiseaux et dis-leur de se rassembler ici devant moi”.
Pendant ce temps, le Créateur alla prendre du brun terre, du vert pelouse, du vert arbuste, du bleu ciel, du jaune soleil, du rouge feu, du gris nuage et fabriqua de merveilleux pigments de peintures qu’il mit dans de magnifiques pots en écorce de bouleau que la grand-mère avait fabriqués pour lui. Les pots sentaient bon l’écorce fraîche. Le Créateur plaça les pots de peinture devant lui.
L’oie blanche s’avança la première face au Créateur, et lui donna une plume pour s’en servir comme pinceau afin qu’il puisse colorer les oiseaux.
L’oie blanche lui dit : “Prends ma plume pour faire ton travail. Moi je resterai blanche afin que tes enfants s’en rappellent. Chaque année, je passerai au-dessus de leur territoire pour qu’ils se souviennent de toi.”
Jusqu’à ce jour, l’oie blanche n’a pas encore manqué à sa parole. Chaque printemps, de la fin mars jusqu’à la fin mai, elle revient voir les enfants.
Le Créateur commença donc son travail. Avec le rouge et le brun, il colora le merle. Avec le bleu, il donna ses couleurs à l’hirondelle. Avec le jaune, il colora le chardonneret et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous les oiseaux soient recouverts des couleurs de la nature.
Vous pourriez même, si vous prenez le temps d’observer les oiseaux, deviner où le Créateur a pris ses pigments pour colorer chaque oiseau que vous observez. Il n’y a pas de couleur sur un oiseau qui n’est pas dans la nature.
Pendant qu’il faisait son travail avec patience, un oiseau le dérangeait constamment. Il criait, battait de l’aile bruyamment, bousculait les autres et oubliait de partager la joie de ses frères. Il alla même devant le Créateur pour l’insulter en lui disant que ses peintures étaient bien belles, mais pas assez brillantes pour les mettre sur son magnifique plumage. Patiemment le Créateur continua son travail. L’oiseau était de plus en plus dérangeant, battant de l’aile et criant constamment.
Il revint devant le Créateur encore une fois et d’un coup d’aile renversa tous les pots de peintures. Les couleurs en se renversant se mélangèrent et devinrent toutes noires. Vous auriez dû voir la tête de la grand-mère derrière la hutte ; elle était dans tous ses états, n’en croyant pas ses yeux de voir ce que l’oiseau avait fait.
Le Créateur, dans sa grande patience, ramassa la peinture noire et la remit dans un nouveau pot que la grand-mère avait apporté. Il reprit sa plume et continua son travail. L’oiseau dérangeant revint une troisième fois devant lui pour l’insulter à nouveau, mais cette fois-ci, le Créateur saisit l’animal par les pattes, le plongea dans la teinture noire et le leva très haut au bout de son bras en lui disant : “Telle est ta volonté mon bel oiseau et telle est ma volonté. Parce que tu l’as bien voulu, tu seras toujours un oiseau dérangeant et bruyant. Tu auras toujours un vol lourd et bruyant. Les autres oiseaux te craindront et les animaux te fuiront. On t’appellera le Corbeau”.
Et il laissa partir l’oiseau. Mais ce n’était pas le dernier oiseau. Le dernier oiseau arriva humblement devant le Créateur.
Il excusa le comportement effronté du corbeau et dit au Créateur : “ je regrette le geste du corbeau. J’aurais voulu que tu couvres mes plumes des couleurs de l’arc-en-ciel. J’aurais pu ainsi coloré, voler très haut vers le soleil et tracer de grands cercles pour que tes enfants puissent y voir toute ta puissance. J’aurais voulu être ton symbole pour tes enfants”.
Le Créateur fut bien ému par les paroles de l’oiseau. Il dit à l’oiseau : “Ouvre bien grandes tes ailes”.
Il prit alors sa plume et la plongea dans la teinture noire. Il en mit un peu sur le bout des ailes, un peu autour du cou. Il en mit aussi un peu sur la queue et balaya tendrement le dos de l’animal et comme dans deux pots il restait un fond de rouge et de jaune, il lui en mit sur la tête, en lui disant : “Telle est ta volonté mon bel oiseau et telle est ma volonté. Tu seras mon symbole. Tu voleras très haut pour tracer le cercle sacré. J’y mettrai toute ma puissance et mes enfants le verront. On t’appellera Tancho.

Et, c’est ainsi que les oiseaux ont des couleurs.

Copyright Philippe RECLUS 2021

Pourquoi les arbres perdent-ils leurs feuilles en hivers ?

Libre ré écriture d’un conte d’origine inconnue par Philippe RECLUS

Un hiver, il y a plus de 100 000 ans, une pauvre grue s’était perdue au milieu d’une forêt, quelque part  dans le grand Nord.

En ce temps-là, les arbres ne perdaient pas encore leurs feuilles en hiver, et les grues ne migraient pas.

C’était l’hiver, et il était particulièrement rude. La neige tombait à gros flocons, tout était blanc, magnifique, glacé et silencieux.

La pauvre grue cherchait désespérément à se protéger du froid. Elle sautillait partout pour se réchauffer, et elle était épuisée.

Pour tenter de s’abriter de ce froid glacial, elle monta sur un grand arbre, un magnifique chêne. Elle lui dit : « S’il te plait, toi qui est grand et majestueux, me donnerais-tu la permission de m’abriter dans tes branchages ? Il fait si froid ! »

Le chêne lui répondit :

« Comment oses-tu grimper ici ? Ne vois-tu pas que ce n’est pas ta place, espèce insignifiante ? Tu ne mérites pas que je te protège de mes magnifiques branches. Tu risquerais de les abîmer. Allez, va-t’en, trouve-toi un autre endroit. »

La pauvre grue, toute penaude et transie de froid, redescendit du chêne, toute malheureuse et glacée.

Elle continua sa quête d’un abri. Elle se dit qu’elle trouverait bien un autre arbre qui l’accueillerait pour se réfugier, il y en avait tellement dans cette forêt !

Alors, Elle tenta sa chance avec un bouleau. La grue dit au bouleau :

« S’il te plait, je ne sais pas où aller et j’ai très froid, pourrais-tu m’abriter quelques temps dans tes branchages ? Il fait si froid ! »

Le bouleau lui répondit :

« Comment oses-tu me demander ça ? Tu ne mérites pas que je te protège de mes belles branches. Tu risquerais de les casser. Va-t’en, et trouve-toi un autre arbre ! »

Hélas, les autres arbres s’étaient donnés le mot, et aucun ne voulait aider la pauvre grue dont le plumage commençait à geler.

Soudain, elle aperçut un sapin. N’en pouvant plus, la grue lui demanda :

« S’il te plaît, pourrais-tu me donner la permission de m’abriter dans tes branchages ? Il fait si froid ! Les autres arbres ne veulent pas de moi, et si tu ne m’abrites pas, je serai mort demain. »

« Hélas, répondit le sapin, je ne peux pas te rendre ce service. Regarde mes épines, elles piquent et tu risques de te blesser. »

« Ne t’inquiète pas de cela, lui dit la grue, je ne les sentirai pas, j’en suis sûr. Tout ce qui m’importe est de trouver un abri, car je risque de mourir de froid. »

« Bon, d’accord, dit le sapin. Si tu penses que tu vas supporter mes branches piquantes, alors mets-toi à l’abri. »

Une branche se baissa doucement, et la pauvre grue toute gelée s’engouffra comme elle pouvait au creux du sapin.

Elle y passa l’hiver tranquillement à l’abri de la neige et du vent, et reprit doucement des forces.

Une fois le printemps revenu, elle annonça au sapin :

« Je te remercie de m’avoir aidé cet hiver, car sans toi, je serais sûrement morte de froid. Je te fais un cadeau que tu découvriras seulement l’hiver prochain… Maintenant, je dois repartir pour tenter de retrouver les miens. »

Et la grue s’envola.

L’hiver suivant arriva, et quelque chose d’inhabituel se passa : les feuilles des chênes, des bouleaux et des autres arbres de la forêt tombèrent comme pour les punir de ne pas avoir aidé la grue qui avait eu froid.

Seul le sapin garda ses belles aiguilles vertes.

Vous savez, maintenant, pourquoi tous les arbres sauf les sapins, perdent leurs feuilles en hiver.

Copyright Philippe RECLUS 2021

La légende des Hommes-oiseaux

Libre ré écriture d’un conte tzigane

Il y a longtemps, mais vraiment très longtemps, lorsque la terre et le ciel ne faisaient qu’un, les Hommes étaient des Hommes-oiseaux. Ils volaient entre la terre et le ciel et rien ne pouvait les arrêter. Ils trouvaient dans le ciel et sur la terre leur nourriture et ne manquaient de rien.

Ils vivaient libres et heureux.

Un jour, alors que les Hommes-oiseaux volaient au-dessus de la terre, ils virent un magnifique palais qui brillait dans le soleil couchant. Alors ils descendirent le voir. Ce palais était habité par de gros oiseaux : des poules, des dindes, des oies et des canards. Ces gros oiseaux, éblouis par la beauté des Hommes-oiseaux leur offrirent de l’or, beaucoup d’or et les meilleurs repas, beaucoup de repas, et ils les invitèrent à rester avec eux.

Les Hommes-oiseaux s’installèrent dans le palais et bientôt devinrent tous gras et couverts de chaînes en or.

Un seul Homme-oiseau n’avait pas touché aux gras repas, ni à l’or. Il s’appelait Tancho. Pendant longtemps il essaya de convaincre les autres Hommes-oiseaux que toutes ces richesses n’étaient pas bonnes pour eux et qu’ils feraient mieux de sortir de ce palais dans lequel ils s’étaient enfermés, eux-mêmes.

Mais, hélas, aucun ne voulut l’écouter.

Alors, Tancho s’éleva dans les airs, monta très haut, très haut, et plongea du haut des cieux. Il enfonça la porte du palais avec sa tête de toute sa force. La porte vola en éclat. C’est seulement à cet instant que les Hommes-oiseaux se réveillèrent de leur grasse torpeur. Ils commencèrent à battre des ailes pour tenter de s’envoler dans les airs. Mais toutes les chaînes en or qu’ils portaient les tiraient vers le bas et ils ne pouvaient plus quitter le sol.

Alors Tancho, se transforma en grue. Il fit son entrée dans le palais et se posa aux pieds des Hommes-oiseaux. Alors, tout l’or tomba de leurs corps, mais leurs ailes n’obéissaient plus. Ils étaient devenus trop gras et trop lourds, et ils n’arrivaient plus à s’envoler.

Tancho, tout triste, porté par le vent, quitta le palais et s’en alla errer dans les airs et dans les plaines.

Les Hommes-oiseaux, ayant enfin compris le piège dans lequel ils étaient tombés, tentèrent de le suivre comme ils le purent et, ne pouvant plus voler, ils perdirent peu à peu leurs plumes. C’est ainsi que, petit à petit, ils se transformèrent en Hommes sans plume et sans aile.

Hommes de corps, oiseaux dans l’âme, étant incapables de voler à jamais.

On dit que parfois, les Hommes, aujourd’hui encore, dans leurs rêves, voient Tancho traverser le ciel.

Alors ils s’envolent à leur tour pour suivre Tancho à travers le ciel dans ses voyages.

Mais ça… c’est dans leurs rêves.

Copyright Philippe RECLUS 2021

Pourquoi les grues migrent-elles ?

Libre ré écriture d’un conte Celte

Autrefois les grues ne migraient pas et vivaient toujours au même endroit toute l’année.

Mais, lors d’une nuit, Tancho la grande prêtresse des grues fit un rêve lui montrant trois jeunes grues volant vers un pays de lumière, là-bas, vers le Sud.

Le lendemain matin, Tancho réunit toutes les grues et leur expliqua son rêve. C’était l’hiver et toutes les grues avaient froid et faim. Tancho réclama trois volontaires aux plus jeunes et aux plus fortes des grues.

Les jeunes toujours en quête de changement et d’aventure se bousculèrent pour être volontaires. Tancho, la grande prêtresse, choisit elle-même les trois plus robustes et leur donna les instructions pour leur plan de vol et leur déclara :

« Vous en reviendrez transformées, et vous aurez un rôle important à jouer dans l’avenir ».

C’est ainsi que les trois jeunes grues volontaires prirent leur envol, sans se douter un instant de ce qui les attendait.

Après plusieurs jours à voler, à se nourrir de leurs pêches et des maigres graines qu’elles trouvèrent sur leur passage, elles furent prises dans une violente tempête qui dura trois jours et trois nuits, puis qui s’arrêta subitement pour laisser place à un épais brouillard, sans le moindre bruit.

Le soleil était complètement occulté par cette épaisse brume et il leur était littéralement impossible de se repérer et de savoir où elles étaient.

Cette atmosphère étrange les mettait un peu mal à l’aise et des histoires de monstres racontées par les anciennes leurs revinrent à l’esprit.

Elles avaient peur, froid et faim, et commençaient fortement à regretter d’avoir été volontaires pour ce voyage dont elles ne reviendraient certainement pas.

Puis, aussi subitement qu’il était venu, le brouillard disparut, laissant apparaître sous leurs ailes un pays auréolé d’une douce lumière dorée et d’une température chaude et clémente.

Les grues aventureuses se posèrent près d’un lac.

 L’air y était léger et agréable à respirer, transportant milles parfums floraux, mais à leur grand étonnement, d’innombrables oiseaux vivaient là. Les grues n’en connaissaient pas les noms et n’en avaient jamais vu de semblables.

Les grues se mirent à manger tout ce qu’elles trouvaient et ne parlèrent à personne, puis d’épuisement s’endormirent.
En se réveillant le matin, un oiseau se tenait debout devant elles. Les grues allèrent bien vite se présenter et l’oiseau leur dit :

  • Nous vous attendions depuis des siècles. On commençait à se demander pourquoi les grues annoncées par les Dieux ne venaient jamais ! Soyez les bienvenues.
  • Merci dirent ! simplement les grues un peu étonnées d’être attendues depuis si longtemps dans une région du globe qu’elles ne connaissaient pas. Et elles expliquèrent le rêve de la grande prêtresse, et leur très long voyage.

L’’oiseau leur répondit :

  • Ici, le temps n’a pas d’hiver. Les saisons sont toujours douces. Mais personne ne peut y rester tout le temps. Il y a obligation, un moment, d’un inéluctable départ ! lorsque le temps est venu il faut repartir d’où l’on vient sinon les Dieux se fâchent. Et comme tout n’est que cycle, c’est pour mieux revenir. Si vous respectez cette loi, vous ne connaîtrez plus d’hiver. Ce pays n’est pas le nôtre. Vous ne serez que de passage. Ainsi les Dieux l’ont décidé ! Quand vous repartirez d’où vous venez, vous serez ainsi prêtes à apporter ce havre de paix et de chaleur aux grues et vous serez chargées de faire perdurer l’âme de ce voyage au peuple des grues, malgré les difficultés de l’aventure. A votre retour chez vous, le temps se sera écoulé et vous ne reverrez peut-être plus les grues que vous connaissiez. Ensuite, le peuple des grues sera de nouveau appelé à revenir ici se ressourcer, chaque fois que votre grande prêtresse en fera le rêve, ce sera l’ordre de départ.

Leur séjour fût agréable et les jeunes grues aventureuses n’eurent jamais froid, ni faim.

Vint enfin le moment de retourner chez elles. Elles reprirent leur envol et retournèrent chez elles porter cette incroyable nouvelle. Le voyage fut long et épuisant, mais elles avaient hâte de raconter leurs aventures et de rapporter les instructions des Dieux.

C’est ainsi que d’époque en époque, les grues quittèrent un endroit du globe pour un autre, d’’automne en printemps et de printemps en automne.

Copyright Philippe RECLUS 2020

La grue en cage

Libre ré écriture d’un conte soufi

Un seigneur avait mis une grue en cage dans son jardin.
Avant de partir en voyage au Japon, pays dont la grue était originaire, le seigneur demanda à sa grue qu’il aimait très fort :
   – Veux-tu que je te rapporte quelque chose de mon voyage au Japon ?
   – Tout ce que je veux, c’est ma liberté !  Répondit la grue.

Le seigneur refusa, tout net.
   – Alors, dit la grue, peux-tu aller au Marais de Kushiro sur l’ile d’Hokkaido près de la ville de Sapporo, et annoncer aux grues qui vivent là-bas en liberté que je suis vivante et que je vis en captivité ? Ma famille y vit toute l’année. C’est le seul endroit au monde où les grues y sont toute l’année, donc tu es sûr de trouver ma famille.
Le seigneur, pendant son séjour au Japon, alla au Marais de Kushiro comme demandé par la grue, annoncer la nouvelle de sa captivité. Dès qu’il eut fini de parler, une grue, semblable en tous points à la sienne, tomba inanimée à ses pieds de l’arbre où elle était perchée.
Le seigneur pensa que ce devait être un proche parent de sa grue en cage, et s’attrista d’avoir causé sa mort.
Quand il fut de retour chez lui, la grue captive lui demanda s’il apportait de bonnes nouvelles.
   – Hélas ! non, dit le seigneur. Un de tes proches parents n’a pas supporté la nouvelle de ta captivité, quand je l’ai annoncée, il est tombé mort à mes pieds.
À ces mots, la grue captive s’effondra, comme morte, au fond de sa cage.
   – La nouvelle de la mort de son parent l’a tuée elle aussi, pensa le seigneur, chagriné.

Il la prit et la posa dans le jardin derrière la maison pour l’enterrer. Il était très triste car il aimait beaucoup sa grue. Le temps qu’il aille chercher une pelle, la grue revint aussitôt à la vie, et alla se percher sur une branche.
   – Tu sais maintenant, dit-elle au seigneur, que ce que tu pensais être un malheur était en réalité, pour moi, une bonne nouvelle. C’est par toi, mon geôlier, que le message a été transmis, c’est par ton intermédiaire que m’a été indiqué le moyen de me libérer. 

 La grue s’envola enfin libre.

Tancho, le jour et la nuit

Libre ré écriture d’un conte aborigène

Copyright Philippe RECLUS 2021

En des temps très reculé, tellement reculés que les hommes n’existaient pas et seuls les animaux existaient.

Personne ne les chassait, personne ne posait des pièges pour les attraper et les manger. Ces temps-là, étaient le paradis et les animaux vivaient en paix.

Cependant, la Terre ne connaissait ni les jours, ni Les nuits. Il faisait toujours nuit.

Il existait un peu de clarté, celle de la lune et celle des étoiles.

Les animaux s’étaient habitués à vivre dans le noir et cela n’était pas, il faut bien le dire, toujours pratique. Mais, les jours ne leur manquaient pas puisqu’ils ne les connaissaient pas.

Un jour, Tancho la grue et Koï son amie la carpe discutaient tranquillement en se déplaçant le long d’une rivière. Ils n’étaient pas d’accord et finirent pas se quereller et à se battre et, finalement, Koï insulta son amie Tancho.

Pour se venger, Tancho se rua sur les œufs que Koï avait pondu dans un trou d’eau. Il s’en empara et les lança en l’air. De rage, il les lança si haut dans le ciel que les œufs finirent par éclater en mille gerbes de feu rouges et or. En un instant, la Terre se trouva éclairée et pour la première fois les animaux purent voir toutes les merveilles de leurs paysages : des montagnes, des fleuves, des collines verdoyantes et des arbres.

Les animaux en étaient tout étonnés, émerveillés et heureux le temps d’une seconde.

Puis le ciel redevint comme avant. Les animaux trouvaient cela attristant.

Dans la nuit étoilée, le dieu veillait et il avait tout vu et ressenti la nouvelle tristesse des animaux. Il se dit que les animaux seraient apparemment heureux, s’il leur donnait la lumière du jour. Alors il ramassa des branches bien sèches et forma un énorme bûcher. Avant, d’allumer le feu, il pensa qu’il serait bon de prévenir les animaux afin qu’ils n’aient pas peur de toute cette nouvelle clarté.

Le dieu appela Tancho dans son sommeil :

– Tancho, Tancho, je suis ton dieu. Je vais allumer un grand feu dans le ciel pour que la lumière soit. Il faut que tu préviennes tout le monde. Quand je te le dirais, tu pousseras ton plus grand cri et tu réveilleras tout le monde.

Et Tancho, continua de dormir.

Ce fut bientôt, l’heure où Tancho se réveillait.

– Réveille-toi, Tancho la grue, cria le dieu, pousse ton cri !

Tancho la grue s’envola, se posa sur la plus haute branche du plus grand arbre qu’il connaissait et lança son plus beau cri et cela réveilla tout le monde.

Alors tous assistèrent à l’allumage du plus grand feu. Le bûcher du dieu commençât à brûler tout doucement. Ils assistaient au premier lever de soleil de tous les temps, le premier matin de la terre ! Le ciel rayonna de couleurs douces puis, quand toutes les branches s’embrasèrent dans le bûcher du ciel, la lumière devint de plus en plus forte et ce fut le premier midi de tous les temps.

Les animaux admiraient tout ce qu’ils pouvaient enfin voir, découvrant tellement de belles choses qu’ils ne savaient plus où regarder. Tant de choses qu’ils n’avaient jamais vu et qui pourtant étaient là ! Ils se sentirent heureux.

Le bûcher se consuma et au bout d’un certain temps il commença à diminuer. Ce fut le premier de la Terre, la fin de la première journée.

Le feu s’éteignit et il ne resta que des braises. Le dieu recouvrit les dernières braises pour les protéger du froid de la nuit. La lune et les étoiles apparurent comme avant. Quand le dieu décidé que c’était la fin de la nuit, il remit du bois et souffla sur les braises et ralluma le feu.

Depuis ce temps, tous les matins du monde Tancho pousse son cri et le dieu souffle sur les braises pour que jours et nuits se succèdent  indéfiniment.

Le pont céleste construit par les grues

Libre ré écriture du conte chinois la tisserande et le bouvier

Copyright Philippe RECLUS

Je vais vous conter une histoire extraordinaire, et bien sûr vraie !
Il y avait fort longtemps, une très belle femme vivait sur le bord Est de la Voie Lactée, là au-dessus de votre tête en regardant très loin.
C’était la fille d’un Dieu. Elle tissait des étoffes pour son père, des étoffes soyeuses comme des nuages. On l’appelait la Tisserande. Elle vivait seule dans son atelier, et elle était toujours triste.
Son père, qui était très satisfait du travail de sa fille, s’inquiétait pour sa santé. Alors, il décida de la marier au Bouvier, qui faisait paître ses bœufs sur le bord Ouest de la Voie Lactée.
La Tisserande et le Bouvier s’aimaient d’un amour fou, la vie du couple était heureuse.
Quand le printemps approcha, la jeune épouse voulut faire une excursion avec son mari. Le couple s’autorisa à prendre un jour de repos pour se réjouir des fleurs du printemps. Ils passèrent une journée magnifique dans les jardins célestes. Le Bouvier cueillit une belle fleur de magnolia et l’accrocha dans la belle chevelure de son épouse.
Mais dans la soirée, le père de la Tisserande en fut informé, il piqua une violente colère. Il convoqua les deux jeunes époux et dit,
– C’est insupportable qu’au lieu de travailler, vous êtes allés vous amuser. Vous avez même cueilli la fleur du jardin céleste. Cela mérite une punition sévère.
Mais, comme c’était la première fois qu’ils commettaient une faute, le Dieu les traita avec clémence. Il fit descendre le Bouvier du ciel et lui fit paître ses bœufs dans le monde des humains pendant treize ans, durant cette période, la Tisserande devait travailler dans l’atelier sans mettre le nez dehors et sans voir son époux.
Le couple était séparé, l’un sur Terre, l’autre dans les cieux.
Le Bouvier levait, de temps en temps, sa tête vers les cieux, mais n’y voyait jamais son épouse.
La Tisserande pensa elle aussi, beaucoup à son mari, mais elle n’avait aucun moyen de communiquer avec lui. La tristesse la fit s’amaigrir terriblement.
La séparation était une souffrance pour les deux amoureux.
Douze ans passèrent et la Tisserande n’en pouvait plus. Un jour, après une longue hésitation, elle prit son courage à deux mains et demanda à sa mère l’épouse du Dieu :
– Chère Maman, je vous prie de parler avec mon père, je ne peux plus être séparée de mon mari, qu’il lui permette de rentrer au sein des cieux.
– Ma pauvre, répondit sa mère, nul ne peut désobéir à la volonté de ton père, soit encore un peu patiente, dans un an, je vais demander à ton père de faire revenir ton mari.
La Tisserande retourna travailler dans son atelier, ses larmes se mélangèrent à la soie, et les étoffes, qu’elle tissait, devenaient de plus en plus belles, baignées de son désespoir.
Un an après, le Dieu permit au Bouvier de remonter dans les cieux.
Après treize ans de séparation, le couple fut enfin réuni. Ayant beaucoup à se dire, ils passèrent tous les jours et toutes les nuits ensemble, et ils se jurèrent de ne plus jamais se séparer.
Quelques jours après, le Dieu demanda à ses serviteurs d’aller chez la Tisserande prendre des tissus. Mais malheureusement, la Tisserande, qui était encore dans les joyeuses retrouvailles avec son mari, n’avait rien tissé depuis longtemps.
Cette fois, le Dieu entra dans une terrible colère. Il convoqua les deux amoureux et leur dit :
– Vous n’avez, une fois de plus, pas fait votre travail. Vous ne saurez donc jamais dompter la passion qui vous unie ! Après treize ans de punition, vous n’avez pas la moindre intention de vous corriger ! Donc, je vous interdis de vous voir pour toujours !
Frappé par la foudre, le couple s’évanouit dans le vide sidéral, à cette condamnation cruelle.
Toutes les autres déesses et tous les autres dieux de l’univers, pleurèrent pour les deux amoureux.
Ils supplièrent le Dieu de montrer un peu de compassion pour le couple d’amoureux.
Le Dieu écouta, réfléchit, se laissa fléchir, puis il dit,
– Bon, d’accord, je leur permets de se rencontrer une fois par an. J’ordonne aux grues de construire un pont sur la Voie Lactée la septième nuit de la septième lune, permettant ainsi au Bouvier et à la Tisserande de se retrouver. Mais seulement cette unique nuit de l’année, le reste de l’année, ils ne pourront pas se voir. La Tisserande et le Bouvier seront ainsi séparés tout le reste de l’année, sauf cette unique nuit !
Croyez-moi, dans la nuit, vous pouvez lever la tête, regardez le ciel, La Tisserande reste toujours à l’Est de la Voie lactée, dans son atelier, et le Bouvier, à l’Ouest, dans son pré, et uniquement dans la septième nuit du septième mois lunaire, ils peuvent se rapprocher sur le pont des grues.

LA GRUE, LES PIGEONS ET LE FILET DU CHASSEUR

Libre adaptation d’un conte indien

Copyright Philippe RECLUS

Sur un très vieil arbre vivaient des pigeons et une grue.

Toute la journée, les pigeons volaient aux alentours en quête de nourriture, en compagnie de la grue.

Le soir, ils retournaient passer la nuit dans le vieil arbre.

L’hivers arriva et les temps étaient durs. Les graines se faisaient rares et les pigeons et la grue avaient de plus en plus faim.

Un jour, alors qu’il faisait froid et que la neige tombait drue, les pigeons et la grue cherchaient désespérément de la nourriture, quand un des leurs cria :

– Regardez, regardez toutes ces graines ! Regardez toutes ces graines qui jonchent le sol !

Les autres pigeons virent qu’il avait raison et le rejoignirent pour se poser, mais la grue très sage leur cria :

 – Ouh là là ! n’y allez pas ! Comment se fait-il qu’il y ait tant de graines aujourd’hui sur le sol où d’habitude il n’y en a jamais ?

– Qu’importe ! dit un pigeon. Allons-y, mangeons ces graines tous ensemble et gavons-nous !

Tous les pigeons se posèrent, excepté la sage grue. Ils commencèrent alors à se restaurer, tandis que la grue les observait à distance. Lorsque les pigeons eurent fini leur festin, ils voulurent s’envoler, mais ne le purent pas. Ils étaient pris dans un filet et commencèrent à crier, désespérés :

 – Au secours, nous sommes prisonniers, au secours !

La sage grue leur répondit :

– Ne vous inquiétez pas.

Mais l’un des pigeons cria :

 – Regardez, quelqu’un vient par-là ! C’est le chasseur qui vient nous capturer !

La sage grue leur dit alors :

 – Calmez-vous. Décollez tous en même temps et vous parviendrez à soulever le filet.

Les pigeons s’entraidèrent et réussirent à soulever un peu le filet. Tous firent tant d’efforts en synchronisant leurs mouvements qu’ils purent, enfin, s’envoler avec le filet.

La sage grue les précédait. Ils volèrent longtemps jusqu’à un arbre que la grue leur avait indiqué. Puis, la sage grue leur dit, en leur montrant l’arbre :

 – Vous pouvez vous installer sur cet arbre. Une bonne amie à moi habite ici, une souris.

La grue appela son amie la souris qui arriva et rongea les mailles du filet, jusqu’à ce que les pigeons puissent se libérer.

Tous les pigeons remercièrent chaleureusement la souris, en se promettant que la prochaine fois ils seraient plus méfiant.

Le pauvre homme et la spirituelle grue

Librement inspiré d’une partie du conte grec : « la spirituelle fille du pauvre homme ».

Copyright Philippe RECLUS 2020
Il était une fois un homme pauvre qui pour survenir à ses besoins vendait des fruits de son verger et des légumes de son potager sur les marchés de la ville toute proche.
Il parvenait ainsi à obtenir à peine de quoi payer son loyer et ses petites factures d’électricité. Son champ de maraichage se trouvait près d’un étang qui lui servait à irriguer ses cultures, surtout l’été.
Autour cet étang vivait une grue à qui il donnait parfois les maigres restes de ses repas.
A force ils étaient devenus des sortes d’amis et avaient ensemble de longues conversations.
Un jour, alors qu’il tentait de vendre sur son étal au marché quelques légumes de son potager et champignons des bois qu’il avait ramassés, il vit qu’une banque avait ouvert un stand pour se faire de la publicité et qui, proposait des jeux d’énigmes avec quelques argents à gagner à celui qui y répondrait.
Hélas ! les questions étaient telles que personne n’y parvint.
Le pauvre homme essaya, réfléchit, tourna mille fois les énigmes dans sa tête mais ne trouva rien.
Il rentra chez lui, tout en rêvant à cette somme d’argent à portée de main qui lui arrangerait bien le quotidien surtout qu’il avait du retard sur ses impôts fonciers et que la trésorerie locale menaçait de lui saisir le peu qu’il avait, c’est-à-dire moins que rien.
Il s’assit près de l’étang pour réfléchir.
A peine arrivé, la grue remarqua qu’il se passait quelque chose.
Elle lui demanda :
« Ami, mon bon ami, mais qu’as-tu donc ? Ton regard est perdu dans le brouillard et tu rentres plus tôt qu’à l’ordinaire du marché. Que se passe-t-il ? »
« Ah ! mon amie la grue, répondit l’homme, je reviens du marché où une banque propose des énigmes aux gens et promet à qui pourra les résoudre une bonne somme d’argent. Si je pouvais résoudre ces trois énigmes, nous serions tranquilles quelques mois. »
« Dis-moi ces énigmes, mon bon ami. Peut-être pourrai-je les résoudre et ramener un peu de lumière dans ta vie, comme tu en apportes dans la mienne. »
« Pourquoi pas, répondit le pauvre homme, voici la première : Qui embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble ? »
« Mais c’est le soleil, dit la Grue. Il embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble. Quelle est la deuxième ? »
« Qui est celle qui nourrit ses jeunes enfants et dévore ses enfants devenus grands ? »
« Mais c’est la mer. Par son évaporation qui se transforme en nuages, qui font la pluie qui créent les petits ruisseaux, ceux sont ses jeunes enfants et elle dévore les grands fleuves qui sont ses grands enfants. Et quelle est la dernière ? »
« Quel est l’arbre à demi noir et à demi blanc ? »
« Mais c’est l’année, mon bon ami, avec ses nuits et ses jours. Va, retourne sur le marché et donne ces trois réponses à la banque avant qu’il ne ferme leur stand. »
L’homme courut au marché il s’agitait, levait les bras et, une fois arrivé, cria :
« Je connais les réponses, j’ai gagné je crois ! »
Les gens de la banque incrédules, car ils étaient venus faire de la publicité et pas pour distribuer cet argent à un hypothétique gagnant, écoutèrent le pauvre homme.
Lorsqu’ils entendirent les réponses, le directeur de la banque regarda l’homme et dit :
« Cela ne se peut. Ton cerveau vieux et fatigué ne pouvait trouver les solutions. Qui t’a donné les réponses ? »
Le vieillard dit :
« C’est mon amie la grue, monsieur le directeur. Elle a résolu les énigmes. »
« C’est bien, dit le directeur. J’aimerais voir, à présent, si cette grue est vraiment aussi spirituelle. Amène-la moi afin qu’elle tue cette pierre devant tout le monde. Je veux qu’elle la tue de manière à ce que le sang en coule et là je saurais que c’est elle qui répond si bien et je la paierais. »
Le directeur de la banque était sûr de son coup, il ne paierait pas l’argent promis.
Sur le marché, les gens s’esclaffaient. Ils attendaient la grue du pauvre homme.
Leur attente ne fut pas très longue.
Déjà la grue s’avançait vers le directeur de la banque, son long bec fièrement en avant:
« Voici mon long bec, noble directeur, je vais tuer ta pierre et la faire saigner d’un seul coup de ce bec, mais avant cela, il faut que tu lui donnes une âme, puisque tu l’as désignée, car seul ce qui est vivant et possède une âme peu saigner. Si après cela, je ne la tue pas, fais-moi couper la tête. »
Le directeur rit à cette réponse et dit :
« Je crois que tu es la plus intelligente de ce pays, je te déclare toi et ton pauvre ami, gagnant de ce concours, voilà l’argent que je n’avais pas prévu de donner. »
Et, il paya car l’affaire avait attiré une grande foule et donc beaucoup de témoins, il n’avait d’autre choix que de payer à moins de passer pour un fieffé menteur.

L’histoire de l’art de la Grue Blanche

Libre interprétation de l’histoire de Fukien.

Copyright Philippe RECLUS

Cette histoire m’a été raconté par un Maître Chinois. Il m’a dit, autour d’un verre d’alcool de riz, que ce conte s’est transmis de maître à élève depuis plus de cinq générations.

Bien que différentes versions existent de ce conte, elles racontent toutes un récit similaire, mais je crois bien que seul le mien est le vrai.

En effet, pour rencontrer ce vieux maître, il a fallu que je prenne trois avions, puis dix heures de car, puis 20 heures de marches à pied au travers des montagnes, affrontant, le froid, la pluie, et mes propres peurs, et c’est ainsi que j’ai pu recueillir, l’histoire de l’art de la Grue Blanche tel que transmis au fil des temps, loin de toute pollution idéologique et conflit d’intérêt économique et politique.

Fang Chi-Niang naît à Lei Chow Fu. Le nom de son père est Fan Hui et celui de sa mère Lee Pik-Liung.

Fang Hui, son père, a étudié le Kung Fu au temple Shaolin du Mont des neuf lotus, dans le district de Ching Chiang, province de Fukien.

 Sa femme et sa fille vivent à Lei Chow Fu.

Comme ils sont pris à partie par les propriétaires terriens du voisinage qui ne veulent pas de gens qui savent sur battre, sur leurs terres autres que leurs propres soldats, ils décident de déménager loin du village, ce qui les conduit au temple de Ching Chu, sur le Mont Ching Chea.

Un jour, Fang Chi-Niang, la fille, fait sécher du grain devant le temple. Elle voit une grande grue blanche descendre du toit et commencer à picorer le grain.

– Mais cette grue, vole le grain, de ma famille ! S’exclame-t-elle !

Elle s’arme d’un long bambou afin de chasser l’intrus.

La grue lui inspire à la fois crainte et curiosité.

Elle tente d’abord de frapper l’oiseau à la tête, mais celui-ci se montre habile à l’esquive en faisant un léger saut de côté en inclinant la tête.

Ensuite, elle essaie de piquer le corps de l’oiseau mais celui-ci recule à peine d’un pas et utilise son bec pour frapper la tige de bambou.

Fang Chi-Niang est fort surprise.

Elle continue d’utiliser les techniques de combat apprises auprès son père, mais en vain, toujours la grue esquive tranquillement, sans se fatiguer, alors que Fang Chi-Niang commence déjà à s’épuiser.

Étonnée par l’adresse de la grue, Fang Chi-Niang cherche chaque jour à s’entrainer avec l’oiseau. La grue avait l’air de bien s’amuser et toujours venait au rendez-vous.

Cette pratique permet à Fang Chi-Niang d’analyser et d’assimiler les stratégies d’autodéfense de l’oiseau.

Avec le temps, elle acquiert la maîtrise des mouvements et intègre l’esprit de la grue blanche.

C’est au cours de cette période que l’empereur lance une chasse aux écoles d’arts martiaux, les prenant pour des révolutionnaires.

Son père est l’un de ceux qui ont la chance d’être rescapé de cette attaque.

Il va chercher sa femme et sa fille pour aller s’établir  plus loin.

Ils errent longtemps à travers le pays, se cachant dans des marais, des forêts et des montagnes.

Au bout d’un temps qui parut infini à Fang Chi-Niang, ils finirent par trouver asile, auprès d’une population qui n’aimait pas l’empereur.

Pour gagner un peu de quoi manger, Fang Chi-Niang donne des cours de son Art de la Grue Blanche. La réputation de son art élégant et efficace se répand vite.  Elle commence à avoir plusieurs élèves et elle finit par fonder une véritable école.

La Maître du style de la grue blanche créa quatre styles principaux : la « Grue volante », la « Grue dévorante », la « Grue criante », et la « Grue dormante ».

Et c’est ainsi, qu’un des plus grands arts martiaux fut créé par une femme alliant féminité, grâce, souplesse et efficacité.

Le jeune homme et la grue

Copyright Philippe Reclus

Libre adaptation de Philippe Reclus de la légende japonaise « La femme grue » selon le titre d’origine.

Il était une fois un jeune homme qui vivait seul dans une petite maison à l’orée d’une grande ville, dans un quartier sombre, triste et pauvre. L’hiver était rigoureux et une épaisse couche de neige recouvrait la région. Un soir, alors qu’il rentrait chez lui et marchait péniblement dans la neige, car il n’avait pas les moyens de prendre le bus, il entendit des plaintes. Inquiet et interloqué, il se dirigea vers le terrain vague d’où montaient les bruits et découvrit une grue prise dans un poteau électrique à haute tension. L’oiseau avait l’aile prise dans un angle en métal. Le jeune homme, qui avait toujours été dévoué, escalada le poteau, se pencha sur l’oiseau, en prononçant des mots rassurants et retira doucement l’aile de son piège meurtrier. La grue, libérée, s’envola et disparut dans le ciel.

Le jeune homme rentra chez lui. Il était pauvre et sa vie n’était pas facile. Il ne trouvait que des petits boulots d’ouvrier en intérim et il habitait la maison que lui avait légué sa mère qui était décédée jeune. Il n’avait jamais eu assez d’argent pour entretenir cette maison qui se délabrait d’année en année. Personne ne venait jamais le voir, aussi un soir, quant à la nuit tombée, on frappa à sa porte, il se demanda qui pouvait bien lui rendre visite à une heure si tardive, c’était même après la fin du film, sa seule distraction, où il pouvait découvrir la vie de gens qui avaient l’air d’avoir des vies bien plus heureuses que la sienne. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir sur le seuil une belle jeune femme !

Elle s’était, soi-disant, égarée dans la neige, et lui demanda l’hospitalité pour la nuit, ce qu’il lui accorda bien volontiers. Il était toujours aussi dévoué au malheur d’autrui, car souvent les malheureux comprennent bien le malheur des autres. Mais, elle resta le lendemain, et encore le jour suivant. Elle avait nettoyé toute la maison, chose qu’il n’avait même plus le courage de faire et avec peu de chose, elle lui préparait de bons petits plats et surtout elle lui faisait la conversation et de son rire, si cristallin, elle lui mettait du baume au cœur. Il retrouvait plaisir à vivre et se sentait plein de courage pour aller travailler, même dans le froid et la neige.

Le jeune homme s’éprit de cette jolie jeune femme douce et gentille, et lui demanda si elle acceptait de l’épouser. Ils se marièrent et vécurent heureux, malgré leur pauvreté. Les voisins apprirent la joyeuse nouvelle, et se réjouirent de leur bonheur.

Cependant, l’hiver était long et rude, et bientôt l’argent et la nourriture vinrent à manquer. Ils vivaient plus pauvrement que jamais, malgré tous les efforts du jeune homme pour travailler le plus possible et rentrer un peu plus d’argent qu’avant.

Un jour, la jeune femme expliqua à son mari, qu’elle pouvait travailler elle aussi, car elle avait un talent, qui pensait-elle pouvait rentrer un peu d’argent. Elle expliqua à son homme qu’elle savait tisser des tissus rares et de bonnes qualités, qu’ils pourraient les vendre dans les magasins chics de la ville dans les quartiers riches. Elle décida donc de tisser une étoffe. Avec son mari, ils achetèrent en faisant un crédit, qu’ils eurent beaucoup de difficultés à obtenir, un métier à tisser qu’ils installèrent dans une petite pièce au fond de la maison.

Avant de se mettre à l’ouvrage, la jeune femme dit à son mari :

« Quoiqu’il arrive et sous aucun prétexte tu ne dois entrer dans cette pièce quand je tisse ».

 Le jeune homme promit.

La jeune femme s’enferma et commença à tisser. Un jour entier s’écoula, puis un deuxième, et la jeune épouse travaillait sans relâche. Enfin, le soir du troisième jour elle sortit de la chambre, fatiguée et amaigrie, et présenta à son mari une étoffe superbe, si rare et si précieuse qu’il la vendit pour une forte somme d’argent, enfin il le croyait, dans un des magasins chics de la ville, à vrai dire, il n’allât que dans un seul magasin qui lui dit tout de suite oui devant l’incroyable beauté et qualité de la pièce de tissu.

Grâce à cet argent, la vie fut plus facile pendant quelques temps, mais l’hiver n’en finissait pas et, argent et nourriture vinrent à nouveau à manquer. La jeune femme décida alors de tisser une nouvelle étoffe, et recommanda de nouveau à son mari de ne pas entrer dans la pièce, quoiqu’il arrive. Il renouvela sa promesse, et attendit pendant plusieurs jours. Enfin, le soir du quatrième jour, sa femme un peu plus pâle et amaigrie, apporta une nouvelle étoffe, encore plus magnifique que la précédente. Le jeune homme partit à la ville, et revint avec une somme d’argent plus importante que la première fois, car plus malin cette fois, il la proposa à plusieurs magasins et ne la laissa qu’à celui qui lui fit la plus grosse offre. Le jeune homme apprenait le commerce. Il découvrit par la même occasion que des gens étaient capables de mettre plusieurs mois de son salaire d’ouvrier dans un seul tissu !

Grâce à sa femme, le jeune homme était heureux et sa vie plus douce qu’avant, et il commença à retaper sa maison peu à peu. Il était ouvrier et savait travailler ce qui permit de faire avancer les travaux sans entièrement se ruiner tout à fait. Cela revenait quand même cher.

 Il en vint à désirer encore plus d’argent.

De plus, les commerçants, à qui il vendait les tissus, le pressaient de questions, lui demandant comment sa femme pouvait tisser des étoffes d’une telle splendeur. Tous trouvaient cela bien étrange. Le jeune homme, désirant avoir plus d’argent et brûlant du désir de découvrir le secret de sa femme, lui demanda de tisser encore une étoffe. Affaiblie et ne comprenant pas pourquoi il désirait plus d’argent, puisque maintenant ils avaient même des économies, elle résista puis céda et accepta à contre-cœur.

Après avoir renouvelé ses recommandations à son mari, la jeune femme s’enferma et se mit au travail.

Cependant, le jeune homme était dévoré par la curiosité et voulait à tout prix savoir comment sa femme faisait pour tisser de si belles étoffes. Oubliant sa promesse, il alla sans bruit jusqu’à la chambre où la jeune femme tissait sans relâche, et entrouvrit doucement la porte.

Ce qu’il aperçut le stupéfia, mais ce n’était pas sa femme qui tissait ! Et cela le surprit tellement qu’il laissa échapper un cri d’effroi.

C’était une grue, et le bel oiseau arrachait ses plumes une à une et s’en servait pour tisser une somptueuse étoffe. Quand la grue s’aperçut de sa présence, elle reprit les traits de la jeune femme.

Celle-ci expliqua alors à son mari pétrifié qu’elle était en réalité la grue qu’il avait sauvée. Elle avait pris l’apparence d’une jeune femme pour lui venir en aide et elle avait tissé ces étoffes avec les plumes arrachées à son propre corps.

Mais le jeune homme avait manqué à sa promesse et maintenant qu’il avait découvert le secret de sa femme, ils ne pourraient plus jamais vivre ensemble, tel était la magie !

Il regrettait amèrement d’avoir failli à sa promesse, par curiosité et par cupidité, mais il ne put retenir la jeune femme, malgré ses supplications et ses demandes de pardon.

 La jeune femme reprit l’apparence du bel oiseau et s’élança vers le ciel.

TANCHO ET LE YORKSHIRE

Copyright Philippe RECLUS

Par Philippe RECLUS adaptation du Conte Japonais Urashimataro

Il était une fois un jeune homme nommé Tancho qui vivait avec sa mère dans un quartier pauvre à la périphérie d’une grande ville.

Chaque jour, il allait ramasser les vieux cartons et il survivait avec sa mère grâce aux cartons qu’il ramassait et revendait à un collecteur. Un jour, bien qu’ayant passé toute la journée à chercher ses cartons, Tancho n’avait ramené que trois cartons, et c’est le cœur lourd qu’il était rentré chez lui.

Dans la rue, un groupe d’enfants chahutait. Le jeune homme, se demandant ce qui pouvait les divertir autant, s’approcha d’eux. Les enfants avaient attrapé une petite chienne Yorkshire et la maltraitaient.

Tancho avait bon cœur et il voulait sauver la pauvre bête.

Il dit aux coquins de ne pas blesser les animaux, mais ils rirent et continuèrent.

Tancho se rendit compte que les enfants ne libéreraient pas la petite chienne et décida de l’échanger contre les quelques cartons qu’il avait ramassés pendant la journée. Les coquins lui donnèrent la petite chienne, et il put ramener la pauvre bête à un refuge pour animaux perdus. Pendant que le responsable des soins aux animaux blessés s’occupait de la pauvre petite chienne, elle continuait de se tourner et de se retourner pour regarder Tancho s’éloigner.

Quelques jours plus tard, Tancho ramassait ses cartons, lorsqu’une grosse voiture apparut près de lui, la vitre s’abaissa et quelqu’un lui parla. Le jeune homme stupéfait, l’écouta.

« Il y a quelques jours, vous avez sauvé une petite chienne Yorkshire ; elle est à nous, nous vous en remercions et, en signe de gratitude, nous vous invitons chez nous. Montez en voiture, je vous y emmène. « 

Tancho réfléchissait. Pouvait-il y aller ? devait-il abandonner ses cartons et partir dans cette voiture ?

Son instinct lui dit que oui.

Tancho s’installa, donc, à l’arrière de la voiture et s’enfonça avec elle dans la circulation en direction des quartiers riches.

La voiture roulait, roulait et Tancho, étonné, regardait les beaux immeubles, les personnes bien habillées. Tous ces êtres semblaient heureux, vivant dans ces quartiers qu’il ne connaissait pas. Ils arrivèrent, en face d’une maison, qui semblait être à ses yeux un palais, où tout était beau et magnifique au-delà de toute imagination. Une jeune fille, ressemblant à une princesse, la plus belle jeune femme que Tancho n’ait jamais vue, le salua et dit :

« Merci de m’avoir aidée. Je suis la petite Yorkshire que vous avez sauvée de ces méchants enfants. Je voulais voir le monde au-delà de mon quartier et pour cela je m’étais transformée en Yorkshire. Tu m’as sauvé la vie. « 

Elle lui fit ensuite visiter ce qui semblait fort être un palais, le présenta à son père, et lui offrit un vrai festin. Tancho vécu donc heureux dans ce palais, profitant des plaisirs de la vie. Il avait oublié son quartier et sa mère.

Trois ans s’écoulèrent ainsi, comme dans un rêve. Un jour, la jeune fille emmena Tancho dans une pièce dans laquelle il n’était jamais entré. À travers la fenêtre, vous pouvez voir le monde au-delà du palais. Le jeune homme aperçut son quartier natal, et soudain tout lui revint. Il fut pris de nostalgie. Il voulait rentrer chez lui et revoir sa mère. La jeune fille était attristée, mais elle ne pouvait s’opposer au départ de Tancho. Elle lui donna une précieuse cassette en souvenir et lui dit : « Si vous vous trouvez dans une situation difficile, ouvrez-la. » « 

Tancho remercia la jeune fille, prit la boîte et s’installa dans la voiture qui devait le ramener chez lui.

Une fois arrivé, Tancho traversa son quartier en rentrant chez lui, et un étrange malaise l’envahit. Son quartier et les maisons étaient un peu différents de ce dont il se souvenait et les gens qu’il rencontrait lui étaient tous inconnus.

Lorsqu’il arriva là où il avait habité, quelle ne fut sa surprise de voir qu’il n’y avait plus trace de son immeuble, qu’il ne restait que des mauvaises herbes !

Ensuite, il arpenta les rues, interrogeant les gens du quartier, mais personne n’avait entendu parler de l’immeuble de Tancho.

Enfin, l’homme le plus âgé du quartier lui dit :

« Tancho? Si je me souviens bien, c’est ce jeune homme qui est parti un jour dans une grosse voiture de luxe et n’est jamais revenu. Mais c’est une histoire qui a maintenant trois cents ans, mon garçon ! »

Tancho alors, se rendit compte que les trois années passées dans le palais étaient en fait trois cents ans. Il commença à chercher la tombe de sa mère ; non seulement il la trouva, mais il vit aussi la sienne. Le jeune homme fut terriblement triste à l’idée de ne plus jamais revoir sa mère. Il était malheureux et se sentait si désespéré qu’il ouvrit la cassette que la jeune fille lui avait donnée. Une épaisse fumée s’envola et l’enveloppa entièrement, le transformant en un vieil homme.

Puis Tancho devint très, très vieux et se transforma en grue, un oiseau qui vivra mille ans, et il s’envola dans le ciel. La grue survola la ville et alla à la rencontre de son amie la jeune fille, qui, semble-t-il, avait le pouvoir de vivre dix mille ans. Elle se transforma, elle aussi en grue et s’envola avec Tancho.

Les gens de la ville, les voyant voler ensemble, criaient : « Vive vous deux ! » Et dix mille ans de bonheur ! « 

Philippe RECLUS

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