TANCHO

LA GRUE, LES PIGEONS ET LE FILET DU CHASSEUR

Libre adaptation d’un conte indien

Copyright Philippe RECLUS

Sur un très vieil arbre vivaient des pigeons et une grue.

Toute la journée, les pigeons volaient aux alentours en quête de nourriture, en compagnie de la grue.

Le soir, ils retournaient passer la nuit dans le vieil arbre.

L’hivers arriva et les temps étaient durs. Les graines se faisaient rares et les pigeons et la grue avaient de plus en plus faim.

Un jour, alors qu’il faisait froid et que la neige tombait drue, les pigeons et la grue cherchaient désespérément de la nourriture, quand un des leurs cria :

– Regardez, regardez toutes ces graines ! Regardez toutes ces graines qui jonchent le sol !

Les autres pigeons virent qu’il avait raison et le rejoignirent pour se poser, mais la grue très sage leur cria :

 – Ouh là là ! n’y allez pas ! Comment se fait-il qu’il y ait tant de graines aujourd’hui sur le sol où d’habitude il n’y en a jamais ?

– Qu’importe ! dit un pigeon. Allons-y, mangeons ces graines tous ensemble et gavons-nous !

Tous les pigeons se posèrent, excepté la sage grue. Ils commencèrent alors à se restaurer, tandis que la grue les observait à distance. Lorsque les pigeons eurent fini leur festin, ils voulurent s’envoler, mais ne le purent pas. Ils étaient pris dans un filet et commencèrent à crier, désespérés :

 – Au secours, nous sommes prisonniers, au secours !

La sage grue leur répondit :

– Ne vous inquiétez pas.

Mais l’un des pigeons cria :

 – Regardez, quelqu’un vient par-là ! C’est le chasseur qui vient nous capturer !

La sage grue leur dit alors :

 – Calmez-vous. Décollez tous en même temps et vous parviendrez à soulever le filet.

Les pigeons s’entraidèrent et réussirent à soulever un peu le filet. Tous firent tant d’efforts en synchronisant leurs mouvements qu’ils purent, enfin, s’envoler avec le filet.

La sage grue les précédait. Ils volèrent longtemps jusqu’à un arbre que la grue leur avait indiqué. Puis, la sage grue leur dit, en leur montrant l’arbre :

 – Vous pouvez vous installer sur cet arbre. Une bonne amie à moi habite ici, une souris.

La grue appela son amie la souris qui arriva et rongea les mailles du filet, jusqu’à ce que les pigeons puissent se libérer.

Tous les pigeons remercièrent chaleureusement la souris, en se promettant que la prochaine fois ils seraient plus méfiant.

Le pauvre homme et la spirituelle grue

Librement inspiré d’une partie du conte grec : « la spirituelle fille du pauvre homme ».

Copyright Philippe RECLUS 2020
Il était une fois un homme pauvre qui pour survenir à ses besoins vendait des fruits de son verger et des légumes de son potager sur les marchés de la ville toute proche.
Il parvenait ainsi à obtenir à peine de quoi payer son loyer et ses petites factures d’électricité. Son champ de maraichage se trouvait près d’un étang qui lui servait à irriguer ses cultures, surtout l’été.
Autour cet étang vivait une grue à qui il donnait parfois les maigres restes de ses repas.
A force ils étaient devenus des sortes d’amis et avaient ensemble de longues conversations.
Un jour, alors qu’il tentait de vendre sur son étal au marché quelques légumes de son potager et champignons des bois qu’il avait ramassés, il vit qu’une banque avait ouvert un stand pour se faire de la publicité et qui, proposait des jeux d’énigmes avec quelques argents à gagner à celui qui y répondrait.
Hélas ! les questions étaient telles que personne n’y parvint.
Le pauvre homme essaya, réfléchit, tourna mille fois les énigmes dans sa tête mais ne trouva rien.
Il rentra chez lui, tout en rêvant à cette somme d’argent à portée de main qui lui arrangerait bien le quotidien surtout qu’il avait du retard sur ses impôts fonciers et que la trésorerie locale menaçait de lui saisir le peu qu’il avait, c’est-à-dire moins que rien.
Il s’assit près de l’étang pour réfléchir.
A peine arrivé, la grue remarqua qu’il se passait quelque chose.
Elle lui demanda :
« Ami, mon bon ami, mais qu’as-tu donc ? Ton regard est perdu dans le brouillard et tu rentres plus tôt qu’à l’ordinaire du marché. Que se passe-t-il ? »
« Ah ! mon amie la grue, répondit l’homme, je reviens du marché où une banque propose des énigmes aux gens et promet à qui pourra les résoudre une bonne somme d’argent. Si je pouvais résoudre ces trois énigmes, nous serions tranquilles quelques mois. »
« Dis-moi ces énigmes, mon bon ami. Peut-être pourrai-je les résoudre et ramener un peu de lumière dans ta vie, comme tu en apportes dans la mienne. »
« Pourquoi pas, répondit le pauvre homme, voici la première : Qui embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble ? »
« Mais c’est le soleil, dit la Grue. Il embrasse le monde entier et ne rencontre personne qui lui ressemble. Quelle est la deuxième ? »
« Qui est celle qui nourrit ses jeunes enfants et dévore ses enfants devenus grands ? »
« Mais c’est la mer. Par son évaporation qui se transforme en nuages, qui font la pluie qui créent les petits ruisseaux, ceux sont ses jeunes enfants et elle dévore les grands fleuves qui sont ses grands enfants. Et quelle est la dernière ? »
« Quel est l’arbre à demi noir et à demi blanc ? »
« Mais c’est l’année, mon bon ami, avec ses nuits et ses jours. Va, retourne sur le marché et donne ces trois réponses à la banque avant qu’il ne ferme leur stand. »
L’homme courut au marché il s’agitait, levait les bras et, une fois arrivé, cria :
« Je connais les réponses, j’ai gagné je crois ! »
Les gens de la banque incrédules, car ils étaient venus faire de la publicité et pas pour distribuer cet argent à un hypothétique gagnant, écoutèrent le pauvre homme.
Lorsqu’ils entendirent les réponses, le directeur de la banque regarda l’homme et dit :
« Cela ne se peut. Ton cerveau vieux et fatigué ne pouvait trouver les solutions. Qui t’a donné les réponses ? »
Le vieillard dit :
« C’est mon amie la grue, monsieur le directeur. Elle a résolu les énigmes. »
« C’est bien, dit le directeur. J’aimerais voir, à présent, si cette grue est vraiment aussi spirituelle. Amène-la moi afin qu’elle tue cette pierre devant tout le monde. Je veux qu’elle la tue de manière à ce que le sang en coule et là je saurais que c’est elle qui répond si bien et je la paierais. »
Le directeur de la banque était sûr de son coup, il ne paierait pas l’argent promis.
Sur le marché, les gens s’esclaffaient. Ils attendaient la grue du pauvre homme.
Leur attente ne fut pas très longue.
Déjà la grue s’avançait vers le directeur de la banque, son long bec fièrement en avant:
« Voici mon long bec, noble directeur, je vais tuer ta pierre et la faire saigner d’un seul coup de ce bec, mais avant cela, il faut que tu lui donnes une âme, puisque tu l’as désignée, car seul ce qui est vivant et possède une âme peu saigner. Si après cela, je ne la tue pas, fais-moi couper la tête. »
Le directeur rit à cette réponse et dit :
« Je crois que tu es la plus intelligente de ce pays, je te déclare toi et ton pauvre ami, gagnant de ce concours, voilà l’argent que je n’avais pas prévu de donner. »
Et, il paya car l’affaire avait attiré une grande foule et donc beaucoup de témoins, il n’avait d’autre choix que de payer à moins de passer pour un fieffé menteur.

L’histoire de l’art de la Grue Blanche

Libre interprétation de l’histoire de Fukien.

Copyright Philippe RECLUS

Cette histoire m’a été raconté par un Maître Chinois. Il m’a dit, autour d’un verre d’alcool de riz, que ce conte s’est transmis de maître à élève depuis plus de cinq générations.

Bien que différentes versions existent de ce conte, elles racontent toutes un récit similaire, mais je crois bien que seul le mien est le vrai.

En effet, pour rencontrer ce vieux maître, il a fallu que je prenne trois avions, puis dix heures de car, puis 20 heures de marches à pied au travers des montagnes, affrontant, le froid, la pluie, et mes propres peurs, et c’est ainsi que j’ai pu recueillir, l’histoire de l’art de la Grue Blanche tel que transmis au fil des temps, loin de toute pollution idéologique et conflit d’intérêt économique et politique.

Fang Chi-Niang naît à Lei Chow Fu. Le nom de son père est Fan Hui et celui de sa mère Lee Pik-Liung.

Fang Hui, son père, a étudié le Kung Fu au temple Shaolin du Mont des neuf lotus, dans le district de Ching Chiang, province de Fukien.

 Sa femme et sa fille vivent à Lei Chow Fu.

Comme ils sont pris à partie par les propriétaires terriens du voisinage qui ne veulent pas de gens qui savent sur battre, sur leurs terres autres que leurs propres soldats, ils décident de déménager loin du village, ce qui les conduit au temple de Ching Chu, sur le Mont Ching Chea.

Un jour, Fang Chi-Niang, la fille, fait sécher du grain devant le temple. Elle voit une grande grue blanche descendre du toit et commencer à picorer le grain.

– Mais cette grue, vole le grain, de ma famille ! S’exclame-t-elle !

Elle s’arme d’un long bambou afin de chasser l’intrus.

La grue lui inspire à la fois crainte et curiosité.

Elle tente d’abord de frapper l’oiseau à la tête, mais celui-ci se montre habile à l’esquive en faisant un léger saut de côté en inclinant la tête.

Ensuite, elle essaie de piquer le corps de l’oiseau mais celui-ci recule à peine d’un pas et utilise son bec pour frapper la tige de bambou.

Fang Chi-Niang est fort surprise.

Elle continue d’utiliser les techniques de combat apprises auprès son père, mais en vain, toujours la grue esquive tranquillement, sans se fatiguer, alors que Fang Chi-Niang commence déjà à s’épuiser.

Étonnée par l’adresse de la grue, Fang Chi-Niang cherche chaque jour à s’entrainer avec l’oiseau. La grue avait l’air de bien s’amuser et toujours venait au rendez-vous.

Cette pratique permet à Fang Chi-Niang d’analyser et d’assimiler les stratégies d’autodéfense de l’oiseau.

Avec le temps, elle acquiert la maîtrise des mouvements et intègre l’esprit de la grue blanche.

C’est au cours de cette période que l’empereur lance une chasse aux écoles d’arts martiaux, les prenant pour des révolutionnaires.

Son père est l’un de ceux qui ont la chance d’être rescapé de cette attaque.

Il va chercher sa femme et sa fille pour aller s’établir  plus loin.

Ils errent longtemps à travers le pays, se cachant dans des marais, des forêts et des montagnes.

Au bout d’un temps qui parut infini à Fang Chi-Niang, ils finirent par trouver asile, auprès d’une population qui n’aimait pas l’empereur.

Pour gagner un peu de quoi manger, Fang Chi-Niang donne des cours de son Art de la Grue Blanche. La réputation de son art élégant et efficace se répand vite.  Elle commence à avoir plusieurs élèves et elle finit par fonder une véritable école.

La Maître du style de la grue blanche créa quatre styles principaux : la « Grue volante », la « Grue dévorante », la « Grue criante », et la « Grue dormante ».

Et c’est ainsi, qu’un des plus grands arts martiaux fut créé par une femme alliant féminité, grâce, souplesse et efficacité.

Le jeune homme et la grue

Copyright Philippe Reclus

Libre adaptation de Philippe Reclus de la légende japonaise « La femme grue » selon le titre d’origine.

Il était une fois un jeune homme qui vivait seul dans une petite maison à l’orée d’une grande ville, dans un quartier sombre, triste et pauvre. L’hiver était rigoureux et une épaisse couche de neige recouvrait la région. Un soir, alors qu’il rentrait chez lui et marchait péniblement dans la neige, car il n’avait pas les moyens de prendre le bus, il entendit des plaintes. Inquiet et interloqué, il se dirigea vers le terrain vague d’où montaient les bruits et découvrit une grue prise dans un poteau électrique à haute tension. L’oiseau avait l’aile prise dans un angle en métal. Le jeune homme, qui avait toujours été dévoué, escalada le poteau, se pencha sur l’oiseau, en prononçant des mots rassurants et retira doucement l’aile de son piège meurtrier. La grue, libérée, s’envola et disparut dans le ciel.

Le jeune homme rentra chez lui. Il était pauvre et sa vie n’était pas facile. Il ne trouvait que des petits boulots d’ouvrier en intérim et il habitait la maison que lui avait légué sa mère qui était décédée jeune. Il n’avait jamais eu assez d’argent pour entretenir cette maison qui se délabrait d’année en année. Personne ne venait jamais le voir, aussi un soir, quant à la nuit tombée, on frappa à sa porte, il se demanda qui pouvait bien lui rendre visite à une heure si tardive, c’était même après la fin du film, sa seule distraction, où il pouvait découvrir la vie de gens qui avaient l’air d’avoir des vies bien plus heureuses que la sienne. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir sur le seuil une belle jeune femme !

Elle s’était, soi-disant, égarée dans la neige, et lui demanda l’hospitalité pour la nuit, ce qu’il lui accorda bien volontiers. Il était toujours aussi dévoué au malheur d’autrui, car souvent les malheureux comprennent bien le malheur des autres. Mais, elle resta le lendemain, et encore le jour suivant. Elle avait nettoyé toute la maison, chose qu’il n’avait même plus le courage de faire et avec peu de chose, elle lui préparait de bons petits plats et surtout elle lui faisait la conversation et de son rire, si cristallin, elle lui mettait du baume au cœur. Il retrouvait plaisir à vivre et se sentait plein de courage pour aller travailler, même dans le froid et la neige.

Le jeune homme s’éprit de cette jolie jeune femme douce et gentille, et lui demanda si elle acceptait de l’épouser. Ils se marièrent et vécurent heureux, malgré leur pauvreté. Les voisins apprirent la joyeuse nouvelle, et se réjouirent de leur bonheur.

Cependant, l’hiver était long et rude, et bientôt l’argent et la nourriture vinrent à manquer. Ils vivaient plus pauvrement que jamais, malgré tous les efforts du jeune homme pour travailler le plus possible et rentrer un peu plus d’argent qu’avant.

Un jour, la jeune femme expliqua à son mari, qu’elle pouvait travailler elle aussi, car elle avait un talent, qui pensait-elle pouvait rentrer un peu d’argent. Elle expliqua à son homme qu’elle savait tisser des tissus rares et de bonnes qualités, qu’ils pourraient les vendre dans les magasins chics de la ville dans les quartiers riches. Elle décida donc de tisser une étoffe. Avec son mari, ils achetèrent en faisant un crédit, qu’ils eurent beaucoup de difficultés à obtenir, un métier à tisser qu’ils installèrent dans une petite pièce au fond de la maison.

Avant de se mettre à l’ouvrage, la jeune femme dit à son mari :

« Quoiqu’il arrive et sous aucun prétexte tu ne dois entrer dans cette pièce quand je tisse ».

 Le jeune homme promit.

La jeune femme s’enferma et commença à tisser. Un jour entier s’écoula, puis un deuxième, et la jeune épouse travaillait sans relâche. Enfin, le soir du troisième jour elle sortit de la chambre, fatiguée et amaigrie, et présenta à son mari une étoffe superbe, si rare et si précieuse qu’il la vendit pour une forte somme d’argent, enfin il le croyait, dans un des magasins chics de la ville, à vrai dire, il n’allât que dans un seul magasin qui lui dit tout de suite oui devant l’incroyable beauté et qualité de la pièce de tissu.

Grâce à cet argent, la vie fut plus facile pendant quelques temps, mais l’hiver n’en finissait pas et, argent et nourriture vinrent à nouveau à manquer. La jeune femme décida alors de tisser une nouvelle étoffe, et recommanda de nouveau à son mari de ne pas entrer dans la pièce, quoiqu’il arrive. Il renouvela sa promesse, et attendit pendant plusieurs jours. Enfin, le soir du quatrième jour, sa femme un peu plus pâle et amaigrie, apporta une nouvelle étoffe, encore plus magnifique que la précédente. Le jeune homme partit à la ville, et revint avec une somme d’argent plus importante que la première fois, car plus malin cette fois, il la proposa à plusieurs magasins et ne la laissa qu’à celui qui lui fit la plus grosse offre. Le jeune homme apprenait le commerce. Il découvrit par la même occasion que des gens étaient capables de mettre plusieurs mois de son salaire d’ouvrier dans un seul tissu !

Grâce à sa femme, le jeune homme était heureux et sa vie plus douce qu’avant, et il commença à retaper sa maison peu à peu. Il était ouvrier et savait travailler ce qui permit de faire avancer les travaux sans entièrement se ruiner tout à fait. Cela revenait quand même cher.

 Il en vint à désirer encore plus d’argent.

De plus, les commerçants, à qui il vendait les tissus, le pressaient de questions, lui demandant comment sa femme pouvait tisser des étoffes d’une telle splendeur. Tous trouvaient cela bien étrange. Le jeune homme, désirant avoir plus d’argent et brûlant du désir de découvrir le secret de sa femme, lui demanda de tisser encore une étoffe. Affaiblie et ne comprenant pas pourquoi il désirait plus d’argent, puisque maintenant ils avaient même des économies, elle résista puis céda et accepta à contre-cœur.

Après avoir renouvelé ses recommandations à son mari, la jeune femme s’enferma et se mit au travail.

Cependant, le jeune homme était dévoré par la curiosité et voulait à tout prix savoir comment sa femme faisait pour tisser de si belles étoffes. Oubliant sa promesse, il alla sans bruit jusqu’à la chambre où la jeune femme tissait sans relâche, et entrouvrit doucement la porte.

Ce qu’il aperçut le stupéfia, mais ce n’était pas sa femme qui tissait ! Et cela le surprit tellement qu’il laissa échapper un cri d’effroi.

C’était une grue, et le bel oiseau arrachait ses plumes une à une et s’en servait pour tisser une somptueuse étoffe. Quand la grue s’aperçut de sa présence, elle reprit les traits de la jeune femme.

Celle-ci expliqua alors à son mari pétrifié qu’elle était en réalité la grue qu’il avait sauvée. Elle avait pris l’apparence d’une jeune femme pour lui venir en aide et elle avait tissé ces étoffes avec les plumes arrachées à son propre corps.

Mais le jeune homme avait manqué à sa promesse et maintenant qu’il avait découvert le secret de sa femme, ils ne pourraient plus jamais vivre ensemble, tel était la magie !

Il regrettait amèrement d’avoir failli à sa promesse, par curiosité et par cupidité, mais il ne put retenir la jeune femme, malgré ses supplications et ses demandes de pardon.

 La jeune femme reprit l’apparence du bel oiseau et s’élança vers le ciel.

TANCHO ET LE YORKSHIRE

Copyright Philippe RECLUS

Par Philippe RECLUS adaptation du Conte Japonais Urashimataro

Il était une fois un jeune homme nommé Tancho qui vivait avec sa mère dans un quartier pauvre à la périphérie d’une grande ville.

Chaque jour, il allait ramasser les vieux cartons et il survivait avec sa mère grâce aux cartons qu’il ramassait et revendait à un collecteur. Un jour, bien qu’ayant passé toute la journée à chercher ses cartons, Tancho n’avait ramené que trois cartons, et c’est le cœur lourd qu’il était rentré chez lui.

Dans la rue, un groupe d’enfants chahutait. Le jeune homme, se demandant ce qui pouvait les divertir autant, s’approcha d’eux. Les enfants avaient attrapé une petite chienne Yorkshire et la maltraitaient.

Tancho avait bon cœur et il voulait sauver la pauvre bête.

Il dit aux coquins de ne pas blesser les animaux, mais ils rirent et continuèrent.

Tancho se rendit compte que les enfants ne libéreraient pas la petite chienne et décida de l’échanger contre les quelques cartons qu’il avait ramassés pendant la journée. Les coquins lui donnèrent la petite chienne, et il put ramener la pauvre bête à un refuge pour animaux perdus. Pendant que le responsable des soins aux animaux blessés s’occupait de la pauvre petite chienne, elle continuait de se tourner et de se retourner pour regarder Tancho s’éloigner.

Quelques jours plus tard, Tancho ramassait ses cartons, lorsqu’une grosse voiture apparut près de lui, la vitre s’abaissa et quelqu’un lui parla. Le jeune homme stupéfait, l’écouta.

« Il y a quelques jours, vous avez sauvé une petite chienne Yorkshire ; elle est à nous, nous vous en remercions et, en signe de gratitude, nous vous invitons chez nous. Montez en voiture, je vous y emmène. « 

Tancho réfléchissait. Pouvait-il y aller ? devait-il abandonner ses cartons et partir dans cette voiture ?

Son instinct lui dit que oui.

Tancho s’installa, donc, à l’arrière de la voiture et s’enfonça avec elle dans la circulation en direction des quartiers riches.

La voiture roulait, roulait et Tancho, étonné, regardait les beaux immeubles, les personnes bien habillées. Tous ces êtres semblaient heureux, vivant dans ces quartiers qu’il ne connaissait pas. Ils arrivèrent, en face d’une maison, qui semblait être à ses yeux un palais, où tout était beau et magnifique au-delà de toute imagination. Une jeune fille, ressemblant à une princesse, la plus belle jeune femme que Tancho n’ait jamais vue, le salua et dit :

« Merci de m’avoir aidée. Je suis la petite Yorkshire que vous avez sauvée de ces méchants enfants. Je voulais voir le monde au-delà de mon quartier et pour cela je m’étais transformée en Yorkshire. Tu m’as sauvé la vie. « 

Elle lui fit ensuite visiter ce qui semblait fort être un palais, le présenta à son père, et lui offrit un vrai festin. Tancho vécu donc heureux dans ce palais, profitant des plaisirs de la vie. Il avait oublié son quartier et sa mère.

Trois ans s’écoulèrent ainsi, comme dans un rêve. Un jour, la jeune fille emmena Tancho dans une pièce dans laquelle il n’était jamais entré. À travers la fenêtre, vous pouvez voir le monde au-delà du palais. Le jeune homme aperçut son quartier natal, et soudain tout lui revint. Il fut pris de nostalgie. Il voulait rentrer chez lui et revoir sa mère. La jeune fille était attristée, mais elle ne pouvait s’opposer au départ de Tancho. Elle lui donna une précieuse cassette en souvenir et lui dit : « Si vous vous trouvez dans une situation difficile, ouvrez-la. » « 

Tancho remercia la jeune fille, prit la boîte et s’installa dans la voiture qui devait le ramener chez lui.

Une fois arrivé, Tancho traversa son quartier en rentrant chez lui, et un étrange malaise l’envahit. Son quartier et les maisons étaient un peu différents de ce dont il se souvenait et les gens qu’il rencontrait lui étaient tous inconnus.

Lorsqu’il arriva là où il avait habité, quelle ne fut sa surprise de voir qu’il n’y avait plus trace de son immeuble, qu’il ne restait que des mauvaises herbes !

Ensuite, il arpenta les rues, interrogeant les gens du quartier, mais personne n’avait entendu parler de l’immeuble de Tancho.

Enfin, l’homme le plus âgé du quartier lui dit :

« Tancho? Si je me souviens bien, c’est ce jeune homme qui est parti un jour dans une grosse voiture de luxe et n’est jamais revenu. Mais c’est une histoire qui a maintenant trois cents ans, mon garçon ! »

Tancho alors, se rendit compte que les trois années passées dans le palais étaient en fait trois cents ans. Il commença à chercher la tombe de sa mère ; non seulement il la trouva, mais il vit aussi la sienne. Le jeune homme fut terriblement triste à l’idée de ne plus jamais revoir sa mère. Il était malheureux et se sentait si désespéré qu’il ouvrit la cassette que la jeune fille lui avait donnée. Une épaisse fumée s’envola et l’enveloppa entièrement, le transformant en un vieil homme.

Puis Tancho devint très, très vieux et se transforma en grue, un oiseau qui vivra mille ans, et il s’envola dans le ciel. La grue survola la ville et alla à la rencontre de son amie la jeune fille, qui, semble-t-il, avait le pouvoir de vivre dix mille ans. Elle se transforma, elle aussi en grue et s’envola avec Tancho.

Les gens de la ville, les voyant voler ensemble, criaient : « Vive vous deux ! » Et dix mille ans de bonheur ! « 

Philippe RECLUS

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