TANCHO

Le jeune homme et la grue

Copyright Philippe Reclus

Libre adaptation de Philippe Reclus de la légende japonaise « La femme grue » selon le titre d’origine.

Il était une fois un jeune homme qui vivait seul dans une petite maison à l’orée d’une grande ville, dans un quartier sombre, triste et pauvre. L’hiver était rigoureux et une épaisse couche de neige recouvrait la région. Un soir, alors qu’il rentrait chez lui et marchait péniblement dans la neige, car il n’avait pas les moyens de prendre le bus, il entendit des plaintes. Inquiet et interloqué, il se dirigea vers le terrain vague d’où montaient les bruits et découvrit une grue prise dans un poteau électrique à haute tension. L’oiseau avait l’aile prise dans un angle en métal. Le jeune homme, qui avait toujours été dévoué, escalada le poteau, se pencha sur l’oiseau, en prononçant des mots rassurants et retira doucement l’aile de son piège meurtrier. La grue, libérée, s’envola et disparut dans le ciel.

Le jeune homme rentra chez lui. Il était pauvre et sa vie n’était pas facile. Il ne trouvait que des petits boulots d’ouvrier en intérim et il habitait la maison que lui avait légué sa mère qui était décédée jeune. Il n’avait jamais eu assez d’argent pour entretenir cette maison qui se délabrait d’année en année. Personne ne venait jamais le voir, aussi un soir, quant à la nuit tombée, on frappa à sa porte, il se demanda qui pouvait bien lui rendre visite à une heure si tardive, c’était même après la fin du film, sa seule distraction, où il pouvait découvrir la vie de gens qui avaient l’air d’avoir des vies bien plus heureuses que la sienne. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir sur le seuil une belle jeune femme !

Elle s’était, soi-disant, égarée dans la neige, et lui demanda l’hospitalité pour la nuit, ce qu’il lui accorda bien volontiers. Il était toujours aussi dévoué au malheur d’autrui, car souvent les malheureux comprennent bien le malheur des autres. Mais, elle resta le lendemain, et encore le jour suivant. Elle avait nettoyé toute la maison, chose qu’il n’avait même plus le courage de faire et avec peu de chose, elle lui préparait de bons petits plats et surtout elle lui faisait la conversation et de son rire, si cristallin, elle lui mettait du baume au cœur. Il retrouvait plaisir à vivre et se sentait plein de courage pour aller travailler, même dans le froid et la neige.

Le jeune homme s’éprit de cette jolie jeune femme douce et gentille, et lui demanda si elle acceptait de l’épouser. Ils se marièrent et vécurent heureux, malgré leur pauvreté. Les voisins apprirent la joyeuse nouvelle, et se réjouirent de leur bonheur.

Cependant, l’hiver était long et rude, et bientôt l’argent et la nourriture vinrent à manquer. Ils vivaient plus pauvrement que jamais, malgré tous les efforts du jeune homme pour travailler le plus possible et rentrer un peu plus d’argent qu’avant.

Un jour, la jeune femme expliqua à son mari, qu’elle pouvait travailler elle aussi, car elle avait un talent, qui pensait-elle pouvait rentrer un peu d’argent. Elle expliqua à son homme qu’elle savait tisser des tissus rares et de bonnes qualités, qu’ils pourraient les vendre dans les magasins chics de la ville dans les quartiers riches. Elle décida donc de tisser une étoffe. Avec son mari, ils achetèrent en faisant un crédit, qu’ils eurent beaucoup de difficultés à obtenir, un métier à tisser qu’ils installèrent dans une petite pièce au fond de la maison.

Avant de se mettre à l’ouvrage, la jeune femme dit à son mari :

« Quoiqu’il arrive et sous aucun prétexte tu ne dois entrer dans cette pièce quand je tisse ».

 Le jeune homme promit.

La jeune femme s’enferma et commença à tisser. Un jour entier s’écoula, puis un deuxième, et la jeune épouse travaillait sans relâche. Enfin, le soir du troisième jour elle sortit de la chambre, fatiguée et amaigrie, et présenta à son mari une étoffe superbe, si rare et si précieuse qu’il la vendit pour une forte somme d’argent, enfin il le croyait, dans un des magasins chics de la ville, à vrai dire, il n’allât que dans un seul magasin qui lui dit tout de suite oui devant l’incroyable beauté et qualité de la pièce de tissu.

Grâce à cet argent, la vie fut plus facile pendant quelques temps, mais l’hiver n’en finissait pas et, argent et nourriture vinrent à nouveau à manquer. La jeune femme décida alors de tisser une nouvelle étoffe, et recommanda de nouveau à son mari de ne pas entrer dans la pièce, quoiqu’il arrive. Il renouvela sa promesse, et attendit pendant plusieurs jours. Enfin, le soir du quatrième jour, sa femme un peu plus pâle et amaigrie, apporta une nouvelle étoffe, encore plus magnifique que la précédente. Le jeune homme partit à la ville, et revint avec une somme d’argent plus importante que la première fois, car plus malin cette fois, il la proposa à plusieurs magasins et ne la laissa qu’à celui qui lui fit la plus grosse offre. Le jeune homme apprenait le commerce. Il découvrit par la même occasion que des gens étaient capables de mettre plusieurs mois de son salaire d’ouvrier dans un seul tissu !

Grâce à sa femme, le jeune homme était heureux et sa vie plus douce qu’avant, et il commença à retaper sa maison peu à peu. Il était ouvrier et savait travailler ce qui permit de faire avancer les travaux sans entièrement se ruiner tout à fait. Cela revenait quand même cher.

 Il en vint à désirer encore plus d’argent.

De plus, les commerçants, à qui il vendait les tissus, le pressaient de questions, lui demandant comment sa femme pouvait tisser des étoffes d’une telle splendeur. Tous trouvaient cela bien étrange. Le jeune homme, désirant avoir plus d’argent et brûlant du désir de découvrir le secret de sa femme, lui demanda de tisser encore une étoffe. Affaiblie et ne comprenant pas pourquoi il désirait plus d’argent, puisque maintenant ils avaient même des économies, elle résista puis céda et accepta à contre-cœur.

Après avoir renouvelé ses recommandations à son mari, la jeune femme s’enferma et se mit au travail.

Cependant, le jeune homme était dévoré par la curiosité et voulait à tout prix savoir comment sa femme faisait pour tisser de si belles étoffes. Oubliant sa promesse, il alla sans bruit jusqu’à la chambre où la jeune femme tissait sans relâche, et entrouvrit doucement la porte.

Ce qu’il aperçut le stupéfia, mais ce n’était pas sa femme qui tissait ! Et cela le surprit tellement qu’il laissa échapper un cri d’effroi.

C’était une grue, et le bel oiseau arrachait ses plumes une à une et s’en servait pour tisser une somptueuse étoffe. Quand la grue s’aperçut de sa présence, elle reprit les traits de la jeune femme.

Celle-ci expliqua alors à son mari pétrifié qu’elle était en réalité la grue qu’il avait sauvée. Elle avait pris l’apparence d’une jeune femme pour lui venir en aide et elle avait tissé ces étoffes avec les plumes arrachées à son propre corps.

Mais le jeune homme avait manqué à sa promesse et maintenant qu’il avait découvert le secret de sa femme, ils ne pourraient plus jamais vivre ensemble, tel était la magie !

Il regrettait amèrement d’avoir failli à sa promesse, par curiosité et par cupidité, mais il ne put retenir la jeune femme, malgré ses supplications et ses demandes de pardon.

 La jeune femme reprit l’apparence du bel oiseau et s’élança vers le ciel.

TANCHO ET LE YORKSHIRE

Copyright Philippe RECLUS

Par Philippe RECLUS adaptation du Conte Japonais Urashimataro

Il était une fois un jeune homme nommé Tancho qui vivait avec sa mère dans un quartier pauvre à la périphérie d’une grande ville.

Chaque jour, il allait ramasser les vieux cartons et il survivait avec sa mère grâce aux cartons qu’il ramassait et revendait à un collecteur. Un jour, bien qu’ayant passé toute la journée à chercher ses cartons, Tancho n’avait ramené que trois cartons, et c’est le cœur lourd qu’il était rentré chez lui.

Dans la rue, un groupe d’enfants chahutait. Le jeune homme, se demandant ce qui pouvait les divertir autant, s’approcha d’eux. Les enfants avaient attrapé une petite chienne Yorkshire et la maltraitaient.

Tancho avait bon cœur et il voulait sauver la pauvre bête.

Il dit aux coquins de ne pas blesser les animaux, mais ils rirent et continuèrent.

Tancho se rendit compte que les enfants ne libéreraient pas la petite chienne et décida de l’échanger contre les quelques cartons qu’il avait ramassés pendant la journée. Les coquins lui donnèrent la petite chienne, et il put ramener la pauvre bête à un refuge pour animaux perdus. Pendant que le responsable des soins aux animaux blessés s’occupait de la pauvre petite chienne, elle continuait de se tourner et de se retourner pour regarder Tancho s’éloigner.

Quelques jours plus tard, Tancho ramassait ses cartons, lorsqu’une grosse voiture apparut près de lui, la vitre s’abaissa et quelqu’un lui parla. Le jeune homme stupéfait, l’écouta.

« Il y a quelques jours, vous avez sauvé une petite chienne Yorkshire ; elle est à nous, nous vous en remercions et, en signe de gratitude, nous vous invitons chez nous. Montez en voiture, je vous y emmène. « 

Tancho réfléchissait. Pouvait-il y aller ? devait-il abandonner ses cartons et partir dans cette voiture ?

Son instinct lui dit que oui.

Tancho s’installa, donc, à l’arrière de la voiture et s’enfonça avec elle dans la circulation en direction des quartiers riches.

La voiture roulait, roulait et Tancho, étonné, regardait les beaux immeubles, les personnes bien habillées. Tous ces êtres semblaient heureux, vivant dans ces quartiers qu’il ne connaissait pas. Ils arrivèrent, en face d’une maison, qui semblait être à ses yeux un palais, où tout était beau et magnifique au-delà de toute imagination. Une jeune fille, ressemblant à une princesse, la plus belle jeune femme que Tancho n’ait jamais vue, le salua et dit :

« Merci de m’avoir aidée. Je suis la petite Yorkshire que vous avez sauvée de ces méchants enfants. Je voulais voir le monde au-delà de mon quartier et pour cela je m’étais transformée en Yorkshire. Tu m’as sauvé la vie. « 

Elle lui fit ensuite visiter ce qui semblait fort être un palais, le présenta à son père, et lui offrit un vrai festin. Tancho vécu donc heureux dans ce palais, profitant des plaisirs de la vie. Il avait oublié son quartier et sa mère.

Trois ans s’écoulèrent ainsi, comme dans un rêve. Un jour, la jeune fille emmena Tancho dans une pièce dans laquelle il n’était jamais entré. À travers la fenêtre, vous pouvez voir le monde au-delà du palais. Le jeune homme aperçut son quartier natal, et soudain tout lui revint. Il fut pris de nostalgie. Il voulait rentrer chez lui et revoir sa mère. La jeune fille était attristée, mais elle ne pouvait s’opposer au départ de Tancho. Elle lui donna une précieuse cassette en souvenir et lui dit : « Si vous vous trouvez dans une situation difficile, ouvrez-la. » « 

Tancho remercia la jeune fille, prit la boîte et s’installa dans la voiture qui devait le ramener chez lui.

Une fois arrivé, Tancho traversa son quartier en rentrant chez lui, et un étrange malaise l’envahit. Son quartier et les maisons étaient un peu différents de ce dont il se souvenait et les gens qu’il rencontrait lui étaient tous inconnus.

Lorsqu’il arriva là où il avait habité, quelle ne fut sa surprise de voir qu’il n’y avait plus trace de son immeuble, qu’il ne restait que des mauvaises herbes !

Ensuite, il arpenta les rues, interrogeant les gens du quartier, mais personne n’avait entendu parler de l’immeuble de Tancho.

Enfin, l’homme le plus âgé du quartier lui dit :

« Tancho? Si je me souviens bien, c’est ce jeune homme qui est parti un jour dans une grosse voiture de luxe et n’est jamais revenu. Mais c’est une histoire qui a maintenant trois cents ans, mon garçon ! »

Tancho alors, se rendit compte que les trois années passées dans le palais étaient en fait trois cents ans. Il commença à chercher la tombe de sa mère ; non seulement il la trouva, mais il vit aussi la sienne. Le jeune homme fut terriblement triste à l’idée de ne plus jamais revoir sa mère. Il était malheureux et se sentait si désespéré qu’il ouvrit la cassette que la jeune fille lui avait donnée. Une épaisse fumée s’envola et l’enveloppa entièrement, le transformant en un vieil homme.

Puis Tancho devint très, très vieux et se transforma en grue, un oiseau qui vivra mille ans, et il s’envola dans le ciel. La grue survola la ville et alla à la rencontre de son amie la jeune fille, qui, semble-t-il, avait le pouvoir de vivre dix mille ans. Elle se transforma, elle aussi en grue et s’envola avec Tancho.

Les gens de la ville, les voyant voler ensemble, criaient : « Vive vous deux ! » Et dix mille ans de bonheur ! « 

Philippe RECLUS

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